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0:03 Vous écoutez l'ombre d'Elgali, le podcast qui explore les histoires où la lumière peine à percer. Parce que derrière chaque ombre, il y a un nom et une vérité. Ici, nous donnons une voix à ceux qu'on n'a pas entendu. Nous marchons dans les pas de vies brisées et nous laissons les
0:20 silences nous guider vers ce qui a été perdu. Chaque histoire est un voyage au cœur de l'humain, un chemin où l'émotion, la douleur et l'espoir s'entremêlent. Installez-vous. L'histoire que vous allez entendre mérite enfin d'être racontée. [musique]
1:06 Lisbonne, Portugal, 1836. Une ville blanche accrochée à ses collines qui tombent vers le Tage [musique] comme si elle cherchait à s'y noyer. Une ville de fado, [musique] de mosaïque, de lumière dorée et de ruelles tortueuses. Une ville qui sent la sardine grillée le matin
1:25 et le mystère la nuit. À cette époque, Lisbonne n'est pas encore la capitale touristique que vous connaissez. C'est une [musique] ville dure, contrastée, une ville où les riches vivent dans leurs demeures du Chiado et où les pauvres, les paysans, [musique]
1:45 les artisans, les travailleurs traversent chaque jour un chemin [musique] particulier pour rejoindre le centre. Ce chemin, tout le monde le connaît. Il traverse l'aqueduc d'As Águas Livres, l'aqueduc des eaux libres. Une merveille d'ingénierie construite au
2:06 18e siècle, 65 m au-dessus de la vallée d'Alcântara. Un pont étroit, vertigineux, qui permet de couper à travers les collines [musique] et d'économiser une heure de marche. 65 m, c'est haut,
2:26 très haut. Et quelqu'un l'avait compris avant tout le monde. Son nom, Diogo Alves, surnommé O Pancada, le cogneur. Et ce qu'il a fait sur cet aqueduc pendant 3 ans restera à ce jour l'une des affaires les plus terrifiantes de
2:46 l'histoire [musique] du Portugal. Qui était Diogo ? Né vers 1810 en Galice, en Espagne, dans une région rurale et pauvre, un jeune homme qui traverse la frontière pour chercher du travail à Lisbonne, [musique] comme des milliers d'autres à cette
3:04 époque. Les Portugais appelaient ces immigrés espagnols "galegos" et les regardaient souvent avec méfiance. [musique] Diogo s'adapte. Il travaille comme domestique, puis comme cocher, traitant les chevaux des grandes maisons bourgeoises. Il est décrit par les historiens comme
3:23 illettré, rustique, mais aussi comme quelqu'un qui sait se faire discret, se fondre dans le décor. Ses patrons lui font parfois confiance, lui prêtent de l'argent. Il a un visage ordinaire, un comportement ordinaire. Mais Diogo a une faiblesse,
3:44 deux en réalité. La première, l'alcool. Il boit, beaucoup, Beaucoup trop. Chaque soir ou presque. La deuxième, Gertrude Maria, surnommée la Parreirinha, la petite
4:06 vigne. Une femme plus âgée que lui, tenancière d'une taverne au quartier de Palava. Une femme décrite par les chroniqueurs de l'époque comme vicieuse et manipulatrice. Elle initie Diogo à la truanderie. Elle lui montre que l'argent facile existe, [musique]
4:24 que les riches ont des coffres et que les morts ne parlent pas. C'est elle, dit-on, qui l'a poussé vers l'abîme, littéralement. L'aqueduc des Eaux Libres, imaginez une structure de pierre qui traverse le ciel, 65 m au-dessus du sol. En dessous,
4:45 la vallée d'Alcântara, des rochers, la mort certaine. En haut, un couloir étroit, pas plus large qu'un chemin de campagne, par lequel les habitants marchent chaque matin pour rejoindre la ville. Des paysans, des commerçants, des étudiants,
5:05 des gens seuls souvent, qui ne savent pas qu'ils ne seront pas seuls longtemps. Diogo Alves obtient, comment personne ne le saura jamais exactement, une copie [musique] de la clé de l'aqueduc. Il peut s'y introduire librement, à n'importe quelle heure. Il se cache
5:24 dans les recoins, dans l'ombre des arches de pierre, et il attend. Et quand une victime passe, seule, vulnérable, discrète, il surgit. Le schéma est toujours le même. Il braque la personne, il prend tout ce qu'elle possède et puis,
5:45 pour qu'elle ne puisse jamais le dénoncer, il la saisit et il la jette. [cri] 65 m. La chute dure à peine 3 secondes. Et en bas, dans la vallée d'Alcantara, un corps [musique] de plus que personne ne cherche vraiment.
6:06 Voici ce qui rend cette affaire d'une intelligence criminelle [musique] glaçante. Les corps tombaient régulièrement et personne ne comprenait. Les autorités de Lisbonne [musique] découvraient ces cadavres dans la vallée en contrebas les [musique] uns après les autres.
6:24 Et leur conclusion, pendant des mois, était toujours la même. Suicide. L'aqueduc [musique] était haut, la vie à Lisbonne était dure, les gens désespérés ne manquaient pas. Alors, quand un corps était trouvé en bas, déformé [musique] par la chute, les
6:42 policiers haussaient les épaules. Encore un qui n'a pas supporté. Mais Diogo Alves avait compris quelque chose [musique] d'autre, quelque chose que les enquêteurs mettront longtemps à réaliser. Ses victimes étaient pour la plupart des gens pauvres, sans importance sociale,
7:03 des paysans, des travailleurs, des inconnus, des gens dont personne ne venait réclamer le corps avec insistance, des gens que la société de l'époque ne cherchait pas vraiment à venger. L'invisibilité des victimes était son bouclier. Pendant 3 ans,
7:23 de 1836 à 1839, le nombre de suicides sur l'aqueduc s'accumule. Les chiffres avancés par les historiens varient. Certains parlent de 70 victimes, d'autres de 76, d'autres encore, les plus prudents, disent que le nombre ne sera jamais connu
7:44 précisément parce que les corps n'étaient pas tous retrouvés ni tous identifiés. Mais ce que l'on sait avec certitude assez de corps pour que les autorités finissent par réagir. En 1837 face à cette vague inexplicable de suicide, les autorités prennent une
8:04 décision radicale. Elles ferment l'aqueduc au passage public. Ce jour-là sans le savoir elles viennent d'arrêter les meurtres sur l'aqueduc. Mais elles n'ont pas arrêté Diogo Alves. Obligé de quitter son terrain de chasse, Diogo [musique] Alves s'adapte.
8:24 Avec Gertrude et une poignée de complices recrutés dans les tavernes sombres de Palava il monte un gang de cambrioleurs. La méthode change mais l'objectif reste le même. Voler les riches et ne laisser aucun témoin. Le gang cible les demeures bourgeoises
8:46 les chapelles chargées d'or les maisons des notables. Les butins sont revendus à un certain Antonio Martins dit Antonio do Celerio qui tient un commerce sur la Praça da Alegria un homme d'affaires de l'ombre qui ne pose pas de questions. Et c'est là qu'entre en scène Manuel
9:06 Alves. Aucun lien de famille avec Diogo juste un patronyme identique et une lâcheté partagée. Manuel est le garçon de chambre du docteur Pedro de Andrade un médecin très respecté du quartier du Chiado. Riche discret connu pour avoir accumulé une belle
9:26 fortune en traitant la bourgeoisie lisboète. [musique] Manuel connaît les horaires du docteur il connaît la disposition des pièces il connaît l'emplacement [musique] des coffres. Et en septembre 1839, il fait la pire erreur de sa vie. Il en parle à Antonio Martins
9:47 [musique] qui en parle à Diogo Alves. Le plan est établi un soir dans une [musique] maison du côté du Largo de Andaluz. Diogo et ses hommes se cacheront dans la chambre de Manuel [musique] qui leur ouvrira la porte. Le 26 septembre 1839,
10:08 le docteur de Andrade est absent. Il est parti se reposer [musique] à Carcavelos. Dans la maison au 16 Rua das Flores, il ne reste que la gouvernante Maria da Conceição Correia Moura, ses deux filles, [musique] Emilia, 19 ans, Vicencia, 17 ans,
10:29 et leur frère José Elias, 25 ans, marin tout juste rentré de mer, venu dîner avec sa [musique] famille. Ce soir-là, Maria avait demandé au docteur la permission d'utiliser la salle à manger [musique] pour préparer un repas de bienvenue à son fils. Le docteur avait accepté,
10:48 généreux. Manuel, lui, avait profité de l'agitation pour préparer autre chose. Le gang entre dans la nuit. Ce qui se passe ensuite dans cette maison de la Rua das Flores, personne n'en a parlé en détail dans les podcasts français. Personne.
11:09 Quatre personnes sont massacrées. La gouvernante, les deux filles et José Elias, le marin qui n'avait pas eu le temps de souffler après ses mois en mer. Quatre vies effacées en une nuit pour de l'or et de l'argent. Le lendemain matin, quand les corps sont
11:29 découverts, tout Lisbonne tremble. Manuel Alves, le garçon de chambre, prend peur. Quand les corps sont découverts et que le docteur de Andrade rentre d'urgence à Lisbonne, la suspicion tombe immédiatement sur le domestique. Manuel panique, il fuit chez son cousin Antonio
11:49 Martins qui lui [musique] propose une : s'exiler en Espagne, récupérer sa part du butin et disparaître. Mais la fuite ça laisse des traces. Manuel est retrouvé, arrêté, interrogé et Manuel parle. Il donne les noms,
12:09 le plan, les complices, Diogo Alves, Gertrude, les autres. Le 29 octobre 1839, Diogo Alves est arrêté. Chose extraordinaire, et c'est là que cette affaire prend une dimension vertigineuse, au cours de l'instruction judiciaire, les autorités commencent à reconstituer
12:30 le passé de cet homme et les questions s'accumulent. Qui était-il vraiment avant ce ? Qu'est-ce qu'il s'est passé sur l'aqueduc pendant toutes ces ? Les magistrats ouvrent une enquête sur les morts de la vallée d'Alcantara. Mais l'enquête reste limitée, incomplète.
12:51 Les archives [musique] sont fragmentaires et Diogo Alves, qui n'est jamais formellement inculpé pour les meurtres de l'aqueduc, sera jugé uniquement [musique] pour le massacre de la rue Adas Flores. Les morts de l'aqueduc resteront officiellement des suicides,
13:12 jamais jugés, jamais reconnus, jamais vengés. Le procès de Diogo Alves se tient devant les tribunaux de Lisbonne. Les : le meurtre de quatre personnes dans la maison du docteur de Andrade. Elle assassina de Manuel Alves, le garçon de chambre, tué par le gang pour
13:34 l'empêcher de témoigner. Cinq meurtres [musique] confirmés. Et derrière, dans l'ombre du dossier, le spectre de dizaines d'autres. Le verdict est sans appel. Condamnation à mort. [musique] Le 19 février 1841, au Cais do Sodré, sur les quais de Lisbonne, la foule
13:54 s'est rassemblée. Des milliers [musique] de personnes, des familles, des curieux, des gens qui voulaient voir la fin du cauchemar. Il est 14h15. Diogo Alves monte vers la [musique] potence. Son regard est décrit par les chroniqueurs de l'époque comme froid,
14:14 pénétrant, qui perce l'horizon sans chercher personne dans la foule. Il ne tremble pas. Il ne parle pas. La corde se tend. Et O Paquanda, le cogneur, danse au bout de sa corde pour la dernière fois. Et maintenant,
14:34 je dois vous parler de quelque chose que vous n'avez probablement jamais entendu dans aucun podcast francophone. Ce qui s'est passé après la mort de Diogo Alves. À cette époque, [musique] une nouvelle science fascinait les médecins et les intellectuels européens, la phrénologie,
14:53 la théorie selon laquelle la forme du crâne d'un individu pouvait révéler son caractère, son intelligence, ses tendances criminelles. Le docteur Lourenço Gomes, professeur à l'école médico-chirurgicale de Lisbonne, avait une question simple mais obsessionnelle.
15:13 Comment un être humain peut-il tuer des dizaines de personnes sans ? Qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un ? Alors, après l'exécution de Diogo Alves, [musique] le docteur Gomes fait une demande aux autorités. Il veut sa tête.
15:35 Et il l'obtient. La tête de Diogo Alves est séparée du corps, [musique] conservée dans du formol et placée dans un bocal en verre à la faculté de médecine de Lisbonne pourrait être étudiée, pour tenter de comprendre. [musique] Mais voilà ce qui rend cette histoire
15:52 véritablement unique dans les annales criminelles mondiales, cette tête existe encore aujourd'hui, en 2026. Elle se trouve toujours au théâtre anatomique de la faculté de [musique] médecine de l'université de Lisbonne. Un bocal de verre, du formol jauni par les siècles
16:14 et à l'intérieur, le visage de l'homme qui a jeté des dizaines de personnes du haut d'un aqueduc, qui a massacré une famille entière pour de l'or. Son regard est décrit par ceux qui l'ont vu comme paisible, presque serein.
16:36 Le tueur de l'aqueduc dort dans son bocal depuis 185 ans. Et Lisbonne marche chaque jour à quelques kilomètres de lui. L'histoire de Diogo Alves a inspiré l'un des premiers films muets réalisés au Portugal. Une reconstitution [musique] de ses
16:53 crimes, tournée au début du 20e siècle, son nom est resté gravé dans la mémoire collective de Lisbonne comme un avertissement. Aujourd'hui, l'aqueduc des Águas Livres accueille des touristes, des familles pique-niquent, [musique] des enfants courent sur le chemin qui borde les
17:12 arches, des photos sont prises, des rires s'élèvent dans l'air et personne ou presque ne pense [musique] à ce qui s'est passé ici. À ces gens ordinaires, des paysans, des commerçants, des étudiants qui ont fait un mauvais choix ce matin-là, prendre le
17:30 raccourci, traverser l'aqueduc seul [musique] et qui ne sont jamais arrivés de l'autre côté. Leurs noms ne sont pas dans les livres d'histoire, leurs visages ne sont pas préservés dans des bocaux, personne n'a construit de mémorial pour eux. Ils sont tombés [musique] dans le
17:49 silence et dans l'ombre O Pacanda les avait regardés tomber. Merci d'avoir traversé cette histoire avec moi dans l'ombre d'El Gali. L'aqueduc des Aguas Livres est est toujours debout à Lisbonne. Alors si un jour vous visitez [musique] la capitale portugaise, regardez-le
18:08 différemment. Pensez à ces 65 m de vide, à ce couloir de pierre, à l'ombre [musique] qui attendait dans les recoins. Et la prochaine fois que vous prenez un raccourci seul dans une ville que vous ne connaissez pas, rappelez-vous que parfois l'ombre a déjà choisi sa prochaine
18:27 victime. Abonnez-vous, partagez.