Transcription
← Épisode 6 : 🇲🇦 LE BOUCHER DE MARRAKECH : Le Plus Terrifiant Tueur en Série du Maroc.
Transcription automatique à partir des sous-titres de la vidéo : elle peut contenir des erreurs.
0:03 Vous écoutez Dans l'ombre d'El Ghaeli, le podcast qui explore les histoires où la lumière peine à percer. Parce que derrière chaque ombre, il y a un nom et une vérité. Ici, nous donnons une voix à ceux qu'on n'a pas entendus. Nous marchons dans les pas de vies
0:18 brisées et nous laissons les silences nous guider vers ce qui a été perdu. Chaque histoire est un voyage au cœur de l'humain, un chemin où l'émotion, la douleur et l'espoir s'entremêlent. Installez-vous. L'histoire que vous allez entendre mérite enfin d'être racontée.
1:03 Marrakech, début du 20e siècle, une ville ancienne, ses souks animés, ses ruelles tortueuses, ses secrets enfouis dans la pierre ocre. Sous le soleil brûlant de la médina, les marchands crient, les enfants courent, les muezzins appellent à la prière. En
1:18 apparence, tout est normal. Mais quelque chose d'horrible se trame dans l'ombre d'une petite boutique de cordonnier. Des femmes disparaissent l'une après l'autre, sans laisser de traces. Leurs familles pleurent, cherchent, implorent les autorités, en vain.
1:35 Pendant des années, personne ne sait, personne ne trouve parce que le coupable est précisément là où on ne cherche pas, dans la rue, respecté, souriant, utile à tout le monde. Aujourd'hui, on plonge dans l'une des affaires criminelles les plus glaçantes
1:51 de l'histoire du Maroc, celle d'un homme qui a tué 36 [musique] femmes sans que personne ne le remarque pendant des années. Celle d'une ville entière qui en apprenant la vérité a exigé une vengeance à la hauteur de l'horreur. Son nom Adje Mohammed Mesfeoui le boucher de
2:09 Marrakech. Pour vraiment saisir cette affaire, il faut d'abord comprendre dans quel monde elle se passe. Nous sommes à la charnière entre le 19e et le 20e siècle. Le Maroc est encore un empire indépendant, le Makhzen gouverné depuis 1894 par le jeune sultan Moulay Abdelaziz,
2:29 mais c'est un pays sous pression. Les puissances européennes lorgnent sur le territoire. La France et l'Espagne avancent leurs pions. L'empire chérifien est fragilisé de l'intérieur par des tensions tribales, des crises économiques et un appareil
2:43 d'État qui peine à s'imposer dans toutes les régions. Marrakech, elle, est l'une des quatre villes impériales du pays. Une métropole vivante, dense, commerçante. Sa médina grouille de vie, artisans, marchands, scribes, lettrés, étrangers de passage.
2:59 C'est une ville de secrets et de hiérarchie où le statut social protège et où la réputation fait loi. Dans ce contexte, les femmes, en particulier celles des familles aisées, évoluent dans un monde très contrôlé. Elles sortent peu, sont accompagnées et
3:18 leur disparition est souvent vécue comme une honte privée plutôt que comme un crime public. Beaucoup de familles n'osent pas signaler la disparition d'une fille ou d'une épouse de peur du qu'en-dira-t-on. Et celles qui le font se heurtent à des
3:32 autorités débordées, peu outillées pour mener des enquêtes criminelles sérieuses. C'est dans cette faille sociale, institutionnelle, culturelle que Mesfeoui va opérer pendant des années. Personne ne sait exactement quand les premiers crimes ont eu lieu.
3:50 Les historiens situent le début de la série meurtrière à la fin du 19e siècle, probablement autour de 1890-1895. Mais les disparitions restent invisibles, éparpillées, non connectées. Ce n'est qu'au début des années 1900 que les habitants de la médina commencent
4:07 vraiment à murmurer. Des femmes s'évaporent. Des jeunes femmes issues de familles respectables qui, un jour, ne rentrent tout simplement pas. Pas de corps, pas de témoins, pas de piste. La rumeur enfle dans les ruelles. Un monstre rôde dans la ville.
4:25 Mais dans le Maroc de l'époque, sans police scientifique, sans registre d'état civil rigoureux, sans coordination entre les quartiers, enquêter sur des disparitions est presque impossible. Les autorités du Makhzen, absorbées par leur propre crise politique, ne font pas
4:42 de cette série de disparitions une priorité. Les femmes disparues sont des cas isolés, pense-t-on. Des fugues, peut-être. Des rapts liés à des querelles familiales. Rien ne relie officiellement les cas entre eux. Et pendant ce temps, dans sa boutique silencieuse,
5:00 Mesfioui continue. Qui est Hadj Mohamed ? Un homme que tout le monde connaît. Un homme que tout le monde respecte. Il exerce deux métiers qui font de lui un personnage central de son quartier. D'abord cordonnier, un artisan indispensable dans une ville où l'on
5:19 marche beaucoup et où les sandales s'usent vite. Mais surtout, il est rédacteur public, [musique] ce qu'on appelle en arabe un kateb. Dans une ville où une grande partie de la population est analphabète, ceux qui savent lire et écrire occupent une position de pouvoir informel
5:37 considérable. Les habitants viennent le voir pour rédiger leurs lettres, leurs contrats commerciaux, leurs requêtes adressées aux autorités, leurs correspondances familiales. Pensez à ce que cela représente. Les gens lui confient leurs secrets,
5:52 leurs dettes, leurs conflits d'héritage, leurs amours, leur argent. Mesfewi sait qui est riche, qui est vulnérable, qui vit seul, qui a des bijoux. Il connaît l'intimité de toute la médina. Et il utilise ces informations pour choisir ses victimes.
6:13 Mesfewi avait pour technique de se rapprocher des jeunes [musique] femmes et de les séduire avec l'aide de sa complice nommée Rahali. Il organisait des rencontres chez lui, prétextant des repas intimistes en présence de la vieille femme, afin que ses cibles
6:27 viennent à lui de leur plein gré. Car Mesfewi ne travaille pas seul. À ses côtés, il y a Rahali, aussi appelée Anna, une femme d'environ 70 ans. Son rôle est crucial. C'est elle qui incarne la respectabilité. La nature exacte de son implication reste floue.
6:48 A-t-elle vraiment attiré les ? Les a-t-elle aidées à les ? Ou son rôle se limitait-il à [musique] aider à dissimuler les corps et les ? Ce qu'on sait, c'est que sa présence rassure les victimes. Une vieille femme inoffensive au dîner, quel danger y ?
7:05 Les femmes viennent d'elles-mêmes. Elles ne se méfient pas. Et c'est leur perte. Ce qui frappe dans le mode opératoire de Mesfewi, c'est son absence totale d'impulsivité. Ce n'est pas un crime de passion. [musique] Ce n'est pas la folie d'un moment. C'est un mécanisme rodé.
7:24 C'est une mécanique rodée, répétée des dizaines de fois [musique] avec une efficacité terrifiante. L'acolyte du cordonnier avait raconté que les filles qui venaient dicter des lettres étaient rendues ivres à la faveur de quelques verres de vin, puis décapitées.
7:39 Les victimes, une une droguées et neutralisées, étaient étranglée ou étouffée. Les deux criminels choisissaient méticuleusement leurs victimes, venant souvent de milieux assez aisés, en vue de les déposséder de leurs bijoux, puis les assassiner. Le mobile, encore une fois, c'est
7:56 l'argent. Pas la folie sadique d'un esprit dérangé en quête de notoriété, comme Jack l'Éventreur à Londres, 18 ans plus tôt. Non, ici c'est la cupidité, froide, calculée. Chaque meurtre rapporte des bijoux, des pièces d'or, des objets de valeur
8:12 soigneusement dépouillés sur les corps. Et les corps, il faut les cacher. Les autorités découvriront 20 corps décapités au fond d'un puits, dans le magasin du cordonnier, et 16 autres cadavres dans le jardin, soit un total de 36 victimes. 36 femmes,
8:32 cachées sous ses pieds, dans son puits, [musique] dans sa terre. Pendant des années, Mesfioui a marché au-dessus de leurs corps chaque matin en ouvrant sa boutique. 36 prénoms qu'on ne connaît pas tous, 36 histoires interrompues, 36 familles qui n'ont jamais su.
8:52 La chute de Mesfioui ne vient pas de la police. Elle vient d'une famille qui refuse de faire son deuil en silence. Une des victimes avait été vue pour la dernière fois en compagnie d'une vieille femme dans les ruelles de la médina. Les proches interrogent, insistent,
9:09 cherchent et finissent par identifier cette femme. C'est Rahali, la complice de Mesfioui. Dans le Maroc de l'époque, où le Makhzen avait déjà du pain sur la planche, la famille de la jeune femme décide de prendre les choses en main. Elle kidnappe la vieille dame, la
9:24 torture et parvient à décrocher des aveux. Rahali craque. Elle dénonce Mesfioui. Elle mène les autorités jusqu'à sa boutique. Et là, l'horreur se révèle dans son ampleur. On ouvre le puits, on fouille le jardin, corps après corps, on remonte les victimes à la surface.
9:45 20 dans le puits, 16 dans la terre. Le quartier est sous le choc, la ville entière tremble. Mesfeoui est arrêté, et l'affaire explose, et pas seulement au Maroc. Dans un télégramme relayé dans le journal de Zeit, un démocrate [musique] du 28 juin 1906, le consulat des
10:03 États-Unis à Tanger livre des détails sur ce procès. La presse internationale se saisit de l'affaire, le monde entier regarde désormais Marrakech. Sous la pression d'une foule en colère, le procès est expéditif. Les preuves sont accablantes, les corps, les bijoux
10:20 retrouvés chez lui, les aveux de Rahali, et finalement ceux de Mesfeoui lui-même, obtenus après plusieurs jours de torture. La sentence initiale est la crucifixion, une ancienne peine réservée aux crimes les plus abominables. Mais les ambassadeurs européens présents au Maroc
10:38 s'insurgent immédiatement. Ils font pression sur le sultan Moulay Abdelaziz pour faire annuler ce verdict, le qualifiant de barbare et contraire aux standards de la civilisation. Le consulat américain notera avec amertume "Il aurait été préférable que ces mêmes
10:57 fonctionnaires n'interfèrent pas avec la justice marocaine, car avant sa mort, Mesfeoui a subi tellement de torture que la crucifixion semblait plus miséricordieuse." En effet, l'intervention étrangère irrite profondément les autorités de Marrakech.
11:15 La sentence [musique] est modifiée plusieurs fois, crucifixion puis pendaison, puis finalement annulée. Pendant que Mesfeoui [musique] est soumis à une torture publique quotidienne pour calmer la fureur de la foule, pendant 2 mois, chaque jour, il
11:30 est flagellé en place publique, 10 coups de bâtonnets dentés par jour sous les regards de la foule qui s'amasse pour assister au spectacle. Puis, vient le jour final. Le lundi matin, Mesfewi [musique] est sorti de prison. Il n'avait pas été informé de son sort.
11:50 Quand il fut sorti de prison ce matin-là, il pensait qu'il serait conduit pour recevoir ses coups de fouet quotidien. Cependant, dès qu'il vit les milliers de gens et entendit leurs hurlements de haine, il sut que son jour était venu. La place du marché était remplie de
12:05 milliers de Marocains [musique] qui s'accroupissaient sous le soleil ardent et attendaient de longues heures avant que le spectacle effroyable ne commence. La peine n'avait pas été exécutée à Marrakech depuis de nombreuses années, ce qui attirait des curieux de toute la région.
12:22 Les autorités avaient choisi un mur très épais dans lequel deux maçons creusèrent un trou de 6 pieds de haut, suffisamment large pour accueillir le condamné. [musique] Mesfewi était très mince et ses dimensions donnaient à l'homme condamné un espace assez libre et un peu d'air
12:40 pour ne pas étouffer trop rapidement. Ce détail est glaçant. On avait prévu qu'il mette du [musique] temps à mourir. Enchaîné et hurlant, il fut poussé dans la tombe droite du mur épais. Les maçons posèrent les pierres une à une. La foule regardait, criait,
13:00 exultait. La nuit est venue. Les braseros ont été allumés, [musique] le café a été fait et Mesfewi a encore crié et la foule a crié. Le mardi 12 juin, la place du marché était toujours aussi bondée et Mesfewi criait toujours pitié. Lorsque le mercredi arrive, ceux qui
13:21 étaient proches du mur rapportaient que le mort-vivant ne faisait plus que gémir. Il mourut le 13 juin 1906 enmuré vivant après 2 jours d'agonie entre quatre murs. L'affaire Mesfeoui fascine encore aujourd'hui pour plusieurs raisons profondes. D'abord, elle illustre la
13:40 terrifiante banalité du mal. [musique] Mesfeoui n'était pas un monstre reconnaissable. Il n'avait pas l'air d'un fou. Il était respecté, [musique] intégré, utile. C'est précisément ce masque social parfait qui lui a permis de tuer pendant des [musique] années
13:56 sans éveiller les soupçons. Et les monstres ne rugissent pas toujours. Parfois, ils rédigent vos lettres [musique] et réparent vos sandales. Ensuite, cette affaire pose une question difficile sur la justice. Est-ce que Mesfeoui a vraiment eu ce qu'il ?
14:12 La réponse dépend de ce que l'on attend de [musique] la justice. Si c'est la punition, peut-être. Si c'est la réparation pour les victimes et leurs familles, [musique] des femmes dont on ne connaît même pas tous les prénoms, alors la réponse est non.
14:28 Leurs corps ont été retrouvés, mais leur histoire reste dans l'ombre. Enfin, cette affaire nous rappelle une vérité qui traverse les siècles. Les femmes qui disparaissent ne font pas toujours la une. [musique] Elles sont oubliées, minimisées,
14:45 rangées dans des tiroirs. Ce sont leurs familles, et non les institutions, qui ont mis fin au règne de Mesfeoui. C'est une famille qui a refusé le silence. C'est une famille qui a obtenu [musique] la vérité. 36 femmes, des prénoms qu'on ne connaîtra jamais tous, des visages sans
15:04 portrait. L'ombre de Mesfeoui a été pendant trop longtemps plus visible que ses victimes. Voilà pour cet épisode de l'ombre d'El Guelali, une affaire vieille de plus d'un siècle, mais qui résonne encore aujourd'hui parce que les mécanismes du crime, [musique] la manipulation,
15:23 l'invisibilité sociale des victimes, les failles institutionnelles n'ont pas disparu avec le temps. Si cet épisode vous a plu, abonnez-vous à la chaîne, activez la cloche et partagez autour de vous. Chaque partage aide cette chaîne à grandir et ces
15:39 [musique] histoires à ne pas tomber dans l'oubli. À très bientôt dans l'ombre.