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← Épisode 3 : 🇫🇷 SAÏB LE ROUGE : Le passeur de la mort

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0:03 Vous écoutez l'ombre d'Elguelil. Le podcast qui explore les histoires où la lumière peine à percer. Parce que derrière chaque ombre, il y a un nom et une vérité. Ici, nous donnons une voix à ceux qu'on n'a pas entendu. Nous marchons dans les pas de vies

0:18 brisées et nous laissons les silences nous guider vers ce qui a été perdu. Chaque histoire est un voyage au cœur de l'humain, un chemin où l'émotion, la douleur et l'espoir s'entremêlent. Installez-vous. L'histoire que vous allez entendre mérite enfin d'être racontée.

1:03 Il existe des crimes qui bouleversent une ville et puis il y a ceux qui brisent une communauté toute entière. Au milieu des années 1960, dans la région de Saint-Étienne, des hommes disparaissent. Ils ne sont ni riches, ils ne sont ni célèbres.

1:21 Leur absence ne fait pas immédiatement les gros titres. Ce sont des ouvriers, des travailleurs venus d'Algérie, des hommes qui ont quitté leur famille parfois depuis plusieurs années pour gagner leur vie en France. Ils vivent modestement. Ils économisent chaque franc.

1:42 Ils comptent les jours car un rêve les fait tenir, rentrer enfin chez eux, revoir leur mère, embrasser leurs enfants, retrouver une épouse qui les attend parfois depuis des années. Pour eux, ce voyage n'est pas de simples vacances, c'est un retour à la vie.

2:02 Mais quelqu'un a compris ce rêve et il va s'en servir comme d'un piège. Cet homme [musique] s'appelle Saïb Achani. Dans les cafés et les foyers de travailleurs, certains le connaissent sous un autre nom, Saïb le rouge. Il inspire [musique] confiance.

2:21 Il parle la même langue, il connaît les mêmes souffrances. Il promet d'aider ceux qui souhaitent rentrer en Algérie avec leurs économies. Alors, on lui confie son argent, on lui confie ses projets et parfois même, on lui confie sa vie. Ce que personne n'imagine alors, c'est

2:41 qu'au lieu de conduire ces hommes vers leurs familles, Saïb les conduit vers la mort. Pendant plusieurs mois, il va faire disparaître ceux qui rêvaient simplement de rentrer chez eux. Derrière chaque victime se cache une lettre qui ne sera jamais écrite,

2:59 un enfant qui attendra un père, une épouse qui continuera de regarder la route [musique] en espérant voir revenir celui qu'elle aime et une famille qui pendant longtemps [musique] ignorera même ce qui est réellement arrivé. Aujourd'hui encore, cette affaire reste méconnue.

3:19 Pourtant, elle raconte bien plus que les crimes d'un homme, elle raconte la confiance, [musique] l'exil, la solitude et ce moment terrible où le rêve d'un retour au pays devient le piège d'un assassin. Je suis El Guely et ce soir, je vous emmène dans l'une

3:39 des affaires criminelles les plus oubliées de la région stéphanoise, l'histoire de Saïb [musique] le rouge, l'homme qui transformait le dernier voyage de ses victimes en aller sans retour. Pour comprendre cette histoire, il faut remonter quelques [musique] années en

3:59 arrière. Nous sommes au début des années 1960. La guerre d'Algérie vient de prendre fin. Des deux côtés de la Méditerranée, les blessures sont encore ouvertes. Des familles ont été séparées. Des villages ont été marqués par les combats. Et des milliers d'hommes cherchent

4:19 simplement à reconstruire leur vie. En France, l'industrie [musique] tourne à plein régime. Les mines, les aciéries, les usines de métallurgie et les chantiers ont besoin de bras. Dans la région de Saint-Étienne comme ailleurs, de nombreux travailleurs

4:35 algériens répondent [musique] à cet appel. Ils acceptent les tâches les plus pénibles. Les journées sont longues. Le travail est éprouvant. La paye [musique] est modeste. Mais chacun poursuit le même objectif. Envoyer de l'argent à sa famille restée en Algérie.

4:53 Beaucoup vivent dans de petits foyers de travailleurs. Les chambres sont étroites. Le [musique] confort est sommaire. On partage les repas, les souvenirs et les nouvelles du pays. Chaque lettre venue d'Algérie est lue plusieurs fois. Chaque photographie est précieusement

5:08 conservée. Et chaque salaire est soigneusement économisé. Car un rêve revient dans toutes les conversations. Encore quelques mois puis je rentrerai. Pour certains, ce retour est prévu depuis longtemps. Pour d'autres, il est sans cesse repoussé.

5:28 Il faut économiser un peu plus aider un frère, financer la construction d'une maison, acheter un terrain, offrir un avenir meilleur aux enfants. Dans cette communauté, la confiance est une valeur essentielle. On se recommande à un employeur, on

5:44 s'entraide pour remplir des démarches, on prête de l'argent [musique] lorsque l'un traverse une mauvaise passe. Et lorsqu'un homme affirme pouvoir faciliter un voyage vers l'Algérie, nombreux sont ceux qui [musique] l'écoutent. C'est dans ce contexte qu'apparaît Saïb Achani.

6:02 Lui aussi est Algérien. Lui aussi connaît les difficultés de l'exil. Il parle avec aisance, il sait trouver les mots qui rassurent. Il se montre serviable, disponible, presque bienveillant. À première vue, rien ne le distingue des autres. Il fréquente les mêmes cafés, il côtoie

6:24 les mêmes travailleurs, il partage leurs discussions, leurs habitudes, leurs rêves. Mais derrière cette apparente proximité se cache un homme qui observe, qui écoute, qui retient les confidences. Il remarque ceux qui viennent d'être payés, ceux qui parlent d'un prochain départ,

6:45 ceux qui cachent dans une valise ou une enveloppe les économies de plusieurs années [musique] de travail. Pour lui, ces hommes ne sont plus seulement des compatriotes, ils deviennent des cibles. Sans le savoir, certains viennent déjà de croiser le regard de celui qui

7:02 bouleversera leur destin. Le piège est en train de se refermer. Et bientôt, un premier homme acceptera une proposition qui lui semble inespérée. Une proposition qui devait le ramener auprès des siens, mais qui l'entraînera vers un rendez-vous dont il ne reviendra jamais.

7:24 L'hiver s'installe sur la région stéphanoise. Le froid s'infiltre dans les rues, dans les ateliers, jusque dans les chambres des foyers où vivent de nombreux travailleurs immigrés. Le soir, après de longues journées passées à l'usine, les cafés se remplissent peu à peu.

7:41 On y boit un café noir, on joue aux cartes, on parle du pays, des récoltes, des enfants qui grandissent trop vite, des mères qui vieillissent loin des regards de leurs fils et surtout, on parle du retour. Dans quelques semaines, dans quelques mois,

8:01 cette fois, c'est décidé. Ces conversations, Saïb Achani les connaît par cœur. Il s'assoit, il écoute. Il ne parle jamais plus fort que les autres. Il laisse les hommes raconter leurs projets. Puis, au bon moment, il glisse quelques mots.

8:21 Il dit connaître les démarches. Il affirme pouvoir faciliter le voyage. Il inspire confiance parce qu'il semble comprendre ce que chacun ressent. À cette époque, les informations circulent lentement. On fait davantage confiance à une recommandation qu'à un document officiel.

8:40 Alors, lorsqu'un homme est présenté comme quelqu'un de sérieux, beaucoup ne voient aucune raison de se méfier. Parmi ceux qui croisent la route de Saïb, se trouve un travailleur algérien qui prépare lui aussi son retour. Comme tant d'autres, il a économisé pendant des années.

8:58 Chaque billet représente des heures de travail, des journées passées dans le bruit des machines, des sacrifices, des privations. Cet argent n'est pas une fortune, mais il représente toute une vie. Saïb le sait. Et il sait également [musique] que cet homme lui fait confiance.

9:17 Les deux hommes conviennent d'un rendez-vous. Rien ne paraît inquiétant. Le futur voyageur pense avancer vers son départ. En réalité, il marche vers son dernier rendez-vous. Ce qui se passe ensuite ne sera connu que grâce au travail minutieux des

9:33 enquêteurs et aux éléments réunis après l'arrestation de Saïb. L'homme est tué. Son argent disparaît. Son rêve de retrouver les siens s'éteint dans le silence. Pendant quelque temps, personne ne comprend réellement ce qui s'est produit. Lorsqu'un travailleur disparaît,

9:52 plusieurs hypothèses circulent. Peut-être est-il déjà reparti en Algérie. Peut-être a-t-il changé de région. Peut-être n'a-t-il simplement pas prévenu. Dans une époque où les communications sont limitées, une disparition n'a pas immédiatement l'écho qu'elle aurait aujourd'hui.

10:10 Les jours deviennent des semaines, puis les semaines deviennent des mois. Quelque part, une famille attend une lettre, un signe, [musique] une nouvelle. Elle ignore encore que celui qu'elle attend ne franchira plus jamais le seuil de la maison. Mais pour Saïb Achani, ce premier

10:27 meurtre n'est pas une fin. C'est le début d'un mécanisme. Il vient de découvrir qu'il peut tuer, voler et continuer à évoluer au milieu de ceux qui lui font confiance. Cette certitude va le rendre encore plus dangereux. Car désormais, il sait qu'il peut recommencer.

10:50 Après le premier meurtre, rien ne semble changer. Les usines continuent de tourner, les cafés [musique] restent animés, les foyers de travailleurs accueillent chaque soir les mêmes visages fatigués par le travail. Au milieu de cette routine, Saïb Achani

11:05 poursuit sa vie comme si de rien [musique] n'était. Il serre des mains, il échange quelques mots, il écoute les conversations. Personne ne devine qu'il vient de commettre un crime. Ce qui le rend particulièrement dangereux, ce n'est pas la violence, [musique] c'est sa patience.

11:23 Il ne choisit pas ses victimes au hasard. Il attend. Il observe. Il repère ceux qui parlent de leur départ prochain. Ceux qui ont enfin réussi à économiser suffisamment. Ceux qui gardent sur eux ou dans leur chambre plusieurs mois, parfois plusieurs années de salaire.

11:44 Pour ces hommes, l'argent n'est pas un luxe, c'est le prix du retour. Le billet qui doit les ramener auprès de leurs proches. Saïd comprend que ce rêve vaut davantage que n'importe quel coffre-fort. Il lui suffit alors d'offrir son aide, une proposition,

12:02 un rendez-vous, quelques paroles rassurantes et la confiance fait le reste. Une deuxième victime tombe dans le piège. Comme la première, elle pense préparer son voyage. Comme la première, elle disparaît sans laisser de nouvelles. Autour d'elle, l'inquiétude grandit.

12:21 Mais beaucoup hésitent encore à imaginer le pire. À cette époque, certains travailleurs changent parfois d'usine ou de région sans prévenir. D'autres repartent en Algérie avec peu de formalités. L'absence, aussi douloureuse soit-elle, ne signifie pas immédiatement qu'un

12:39 crime a été commis. C'est précisément cette incertitude qui protège encore le meurtrier. Puis, vient une troisième victime. Le même scénario, la même confiance accordée, le même espoir d'un retour et le même silence. Trois hommes,

12:59 trois destins brisés, trois familles plongées dans une attente interminable. Mais cette fois, quelque chose change. Les disparitions [musique] commencent à présenter d'étranges ressemblances. Des noms reviennent. Des témoins se souviennent avoir vu

13:14 certaines victimes en compagnie du même homme avant qu'elles ne s'évanouissent dans la nature. Les enquêteurs, eux aussi, commencent à rapprocher les dossiers. Au départ, ils ne cherchent pas un tueur en série. Il tente simplement de comprendre pourquoi plusieurs travailleurs

13:31 disparaissent dans des circonstances si proches. Peu à peu, une silhouette se dessine, toujours la même. Un homme apprécié, connu dans les cafés, présent au bon endroit, au bon moment. Un homme qui semble toujours avoir une explication, une explication presque trop parfaite.

13:52 Sans le savoir, Saïb vient de commettre sa première erreur. Car un meurtre peut parfois rester dans l'ombre, deux peuvent encore être considérés comme une coïncidence, mais trois, trois commencent à dessiner un motif. Et lorsqu'un motif apparaît, les

14:11 enquêteurs [musique] cessent de chercher des disparus. Ils commencent à traquer un assassin. Pendant des mois, les disparitions restent entourées de zones d'ombre. Pour les enquêteurs, une question devient de plus en plus difficile à ignorer. Pourquoi plusieurs travailleurs

14:28 algériens disparaissent-ils dans des circonstances aussi ? Au début, chaque dossier est traité séparément. Rien ne permet encore d'affirmer qu'ils sont liés. Mais à mesure que les témoignages s'accumulent, un détail revient avec insistance. Avant leur disparition, plusieurs

14:47 victimes ont été vues en compagnie du même homme. Un homme qui fréquente les cafés où se trouvent les travailleurs immigrés. Un homme qui inspire [musique] confiance, un homme que beaucoup connaissent de vue. Son nom apparaît de plus en plus souvent. Saïb Achani.

15:05 Les policiers décident alors de s'intéresser à lui. Ils interrogent ceux qui l'ont côtoyé, ils reconstituent ses déplacements, ils comparent les dates, ils cherchent le moindre détail qui pourrait relier ces disparitions entre [musique] elles.

15:20 Au fil des auditions, les certitudes de Saïb commencent à vaciller. Il donne des explications, puis d'autres. Certaines sont imprécises, d'autres se contredisent. Les enquêteurs sentent qu'ils approchent de quelque chose, mais ils savent aussi qu'une intuition ne suffit pas.

15:39 Ils poursuivent leur travail avec méthode. Chaque témoignage est vérifié, chaque horaire est confronté aux autres, chaque détail est soigneusement noté. Cette patience finit par payer. Le faisceau d'indices devient suffisamment [musique] solide pour

15:55 placer Saïb au centre de l'enquête. Lorsqu'il est finalement interpellé, il conserve d'abord son calme. Il nie. Il tente de convaincre les policiers [musique] qu'ils se trompent. Mais les heures passent, les questions deviennent plus précises, les contradictions se multiplient.

16:15 L'homme qui paraissait si sûr de lui comprend peu à peu que le cercle s'est refermé. Les enquêteurs ne cherchent plus un simple témoin, ils sont désormais convaincus d'avoir devant eux l'auteur des crimes. Au cours de l'enquête, Saïb finit par faire des aveux sur

16:32 plusieurs meurtres. Ses déclarations permettent de mieux [musique] comprendre le mécanisme qu'il avait mis en : gagner la confiance de ses victimes, profiter de leurs projets de [musique] retour en Algérie et les dépouiller de toutes leurs économies avant de les tuer.

16:49 Pour les familles, ces aveux apportent une vérité aussi douloureuse qu'indispensable. L'attente prend fin, l'espoir aussi. Elles savent enfin pourquoi leurs proches ne sont plus jamais revenus. Pour les policiers, une autre question : combien de victimes y a-t-il eu ?

17:11 Le dossier permet d'établir les crimes pour lesquels Saïb sera renvoyé devant la cour d'assises, Mais certains enquêteurs de l'époque s'interrogent. Cet homme s'est-il arrêté à ses seules victimes ou d'autres disparitions n'ont-elles jamais pu être ?

17:27 Cette interrogation ne trouvera jamais de réponse définitive et c'est peut-être ce qui rend encore aujourd'hui cette affaire si troublante. Car derrière les certitudes de la justice, subsiste toujours une part d'ombre. Une part d'ombre que le temps, lui, n'a

17:43 jamais totalement dissipée. Les mois d'enquête s'achèvent. Désormais, ce n'est plus la police qui cherche des réponses, c'est la justice qui doit juger un homme. L'affaire est renvoyée devant la cour d'assises de la Loire à Saint-Étienne. Dans la salle d'audience, le silence est

18:02 lourd. Sur le banc des accusés se tient Saïb Achani, l'homme qui, quelques mois plus tôt, partageait encore les cafés et les discussions de ceux qui lui faisaient confiance. Face à lui, [musique] les magistrats. À quelques mètres, les jurés. Et derrière eux, un public venu

18:20 [musique] assister à un procès qui a profondément marqué la région. Au fil des audiences, les enquêteurs retracent minutieusement leur travail. Les témoignages se succèdent, les éléments matériels sont examinés, les circonstances des crimes sont reconstituées. [musique]

18:37 Peu à peu, un même constat s'impose. Les victimes n'ont pas été choisies [musique] au hasard. Elles avaient un point commun. Toutes nourrissaient le projet [musique] de retourner en Algérie après des années de travail en France. Toutes avaient économisé avec patience

18:55 et toutes avaient accordé leur confiance [musique] à celui qui allait les trahir. Au-delà des faits, c'est cette trahison qui frappe les esprits. Saïb ne s'était pas attaqué à des inconnus. Il avait profité de la solidarité qui unissait des hommes vivant le même exil.

19:13 Il avait transformé cette confiance en arme. Les avocats prennent tour à tour la parole. L'accusation décrit une succession de crimes commis par intérêt. La défense tente de faire entendre la voix de l'accusé. Mais le poids des éléments réunis au

19:27 cours de l'enquête est considérable. Après plusieurs jours de débat, vient le moment que chacun redoute. Le président de la cour demande au jury de se retirer pour délibérer. L'attente paraît interminable. Puis, les jurés reviennent. Le verdict tombe.

19:47 Saïb Achani est reconnu coupable. La cour le condamne à la peine la plus lourde prévue par la loi française à cette époque, la peine de mort. Quelques mois plus tard, en mars 1966, la condamnation est exécutée [musique] à Lyon. Avec cette exécution, s'achève le

20:08 parcours judiciaire de celui que la presse avait surnommé Saïb le rouge. Mais aucune condamnation, aussi sévère soit-elle, ne peut rendre une vie. Aucun verdict ne peut effacer les années d'attente des familles. Aucune sentence ne peut rendre aux

20:26 victimes les projets qu'elles portaient en quittant leur foyer pour venir travailler en France. La justice a refermé le dossier. Le deuil, lui, continuera longtemps de vivre dans le cœur de ceux qui attendaient un père, un fils, un frère qui ne reviendra jamais.

20:45 Lorsque l'on referme un dossier criminel, il est facile de retenir un nom, celui du meurtrier. C'est souvent lui que l'histoire conserve, celui que les journaux impriment en gros caractères, celui que les générations suivantes finissent [musique] par connaître. Mais ce soir,

21:04 je voudrais que vous fassiez un effort. Essayez pendant quelques instants d'oublier Saïb Achani et pensez plutôt à ces hommes. Imaginez-les. Ils se lèvent avant le soleil. Ils travaillent 10h, parfois davantage. Leurs mains portent les traces [musique] du métal, de la poussière,

21:26 des machines. Chaque pièce gagnée est mise de côté. Ils ne dépensent presque rien parce que dans leur esprit, cet argent a déjà une destination, une maison, une famille, un village, une mère qui attend son fils, une épouse qui compte les jours,

21:47 des enfants qui grandissent avec une photographie de leur père comme seul compagnon. Ces hommes ne rêvaient pas de richesse. Ils rêvaient simplement de rentrer chez eux. Et c'est précisément ce rêve qui les a rendus vulnérables. Ils ont fait [musique] confiance

22:03 non pas parce qu'ils étaient naïfs, mais parce que l'être humain a besoin de croire en quelqu'un, surtout lorsque cette personne parle votre langue, partage vos souvenirs, évoque les mêmes paysages, les mêmes odeurs, les mêmes blessures. Saïb Achani n'a pas seulement volé de

22:22 l'argent. Il a volé des retrouvailles, des embrassades, des repas en famille, des anniversaires, [musique] des naissances, des vies entières qui ne seront jamais écrites. Aujourd'hui encore, des milliers de familles connaissent cette [musique] douleur silencieuse,

22:40 celle de l'attente, attendre une lettre, attendre un appel, attendre quelqu'un [musique] qui ne reviendra jamais. Et derrière chaque disparition, il reste toujours une chaise vide, une photographie, un prénom que l'on prononce avec émotion. C'est peut-être cela

23:00 la véritable [musique] peine. Les victimes meurent une fois, mais ceux qui les aiment continuent souvent à porter leur absence toute une vie. Si j'ai voulu raconter cette histoire, ce n'est pas pour donner une nouvelle fois la parole à un assassin.

23:14 C'est pour rappeler que derrière chaque fait d'hiver se cachent des êtres humains, des hommes et des femmes qui avaient des projets, des peurs, des rêves et qui méritent que l'on se souvienne d'eux autrement que comme de simples noms dans un dossier judiciaire.

23:30 Si vous écoutez l'ombre [musique] d'El Gali, j'espère que vous repartirez toujours avec cette idée. Le mal existe, il existera [musique] sans doute toujours, mais notre devoir est de ne jamais laisser les victimes disparaître une seconde fois dans l'oubli.

23:46 Merci d'avoir partagé cette histoire avec moi. Prenez soin de ceux que vous aimez et n'attendez jamais demain pour leur dire qu'ils comptent pour vous parce que certains sont partis un matin en pensant revenir le soir sans savoir qu'ils faisaient leurs adieux au monde.