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← Épisode 5 : 🇲🇦 LE TUEUR D’EL JADIDA – Une affaire criminelle oubliée du Maroc
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0:03 Vous écoutez l'ombre d'El Ghaeli, le podcast qui explore les histoires où la lumière peine à percer. Parce que derrière chaque ombre, il y a un nom et une vérité. Ici, nous donnons une voix à ceux qu'on n'a pas entendu. Nous marchons dans les pas de vies
0:18 brisées et nous laissons les silences nous guider vers ce qui a été perdu. Chaque histoire est un voyage au cœur de l'humain, un chemin où l'émotion, la douleur et l'espoir s'entremêlent. Installez-vous. L'histoire que vous allez entendre mérite enfin d'être racontée.
1:02 Et dans chaque ville, il y a une lumière que tout le monde voit. Et dans chaque ombre, il y a ce que personne ne veut regarder. El Jadida, une ville blanche face à l'Atlantique, ses remparts portugais, ses ruelles pavées, ses gens simples qui travaillent,
1:24 qui aiment, qui prient. Une ville que les touristes visitent pour sa médina, son architecture, son âme tranquille. Mais dans les quartiers que les guides ne mentionnent pas, les ruelles de Derb El Hilali et de Derb El Berkaoui, une autre vie existait.
1:46 Une vie nocturne, cachée, silencieuse par nécessité, des maisons closes, de l'alcool, des hommes qui cherchent l'oubli le temps d'une nuit. C'est dans ce monde-là qu'un homme a grandi, qu'un homme a basculé. Son nom
2:07 Mohamed Bellaraj. Et quand le monstre s'est réveillé, personne n'a rien vu venir. El Jadida, une ville blanche marocaine face à l'Atlantique. Mohamed Bellaraj est né en 1956 à El Jadida. Rien dans son enfance ne laissait
2:29 présager ce qu'il allait devenir. Les voisins le décrivaient comme un garçon scolarisé, tranquille, aimé de ses proches, un jeune homme que tout le monde trouvait cool, comme on dit. Sourient, sociable, intégré. Mais très tôt, dès l'adolescence,
2:49 Mohamed découvre un monde qu'il ne pourra plus quitter. Les maisons closes de Derb Ghallef, l'alcool, la fête, les nuits sans sommeil. Il n'est pas violent, il n'est pas menaçant, il est même apprécié. Les femmes qui travaillent dans ces
3:09 maisons le connaissent bien. [musique] Un client régulier, solvable, calme, poli. Mais l'indépendance coûte cher et Mohamed n'a pas toujours de l'argent. Les années passent, la spirale s'accélère, le vin, les femmes, les paris aux
3:30 courses de chevaux, un trio infernal qui vide ses [musique] poches chaque semaine. Et quand les poches sont vides, l'homme cherche une solution. Mais une solution que la plupart d'entre nous n'envisageraient jamais. Nous sommes en juin 1993.
3:51 Mohamed Bellaraj a 37 ans les poches vides mais la tête pleine d'envie. Il traîne dans les ruelles de Derb El Hilali. Il connaît tout le monde ici, on le salue on lui sourit. Ce soir-là, il choisit Aïcha Slima une femme qu'il connaît depuis des
4:11 années une femme qui ne se méfie pas de lui. Il monte chez elle il prend ce qu'il veut et quand vient le moment de payer il sort un couteau. Il la poignarde dans le dos plusieurs fois de sang-froid, sans panique, [grognement] sans tremblement. Il la
4:27 regarde tomber puis méthodiquement, il fouille ses affaires. Il trouve un sac à main, des billets, il prend tout. Et il repart dans la nuit comme si rien ne s'était passé. Ce qui va suivre est peut-être le détail le plus glaçant de toute cette affaire. La police enquête.
4:46 Elle trouve rapidement deux suspects deux hommes innocents Abdelwahed El Mouli et Ahmed Nouri deux hommes qui n'ont rien fait, deux hommes qui vont être arrêtés, jugés condamnés. Mohamed Bellaraj est au courant, il suit
5:06 l'affaire dans les journaux, chaque article, chaque détail mais il ne dit rien. Il laisse deux innocents porter son crime et il retourne à Derb El Berkaoui commander une bouteille de vin. Cela vous dit quelque chose sur le type d'homme qui était Mohamed Bellaraj.
5:26 Pendant 2 ans rien. Mohamed reprend sa vie normale. Il circule librement dans les mêmes ruelles il croise parfois les femmes qui connaissaient Aïcha personne ne le soupçonne. Il y a pourtant un témoin une seule personne qui sait Fatima El Kosatéa.
5:48 Mohamed avait tenté de la tuer elle aussi, une tentative qui avait échoué. Fatima avait survécu, grièvement blessée, évacuée [musique] à l'hôpital Ibn Rochd de Casablanca. Les médecins l'avaient sauvée de justesse. La police l'avait interrogée mais elle n'avait rien dit.
6:09 ? Mohamed lui-même ne le saura jamais. Il l'évite dans les ruelles. Il ne la regarde plus et elle garde le silence pour toujours. Mais ce silence a offert à Belaraj deux années de liberté supplémentaires, deux années pendant lesquelles deux innocents
6:29 croupissaient en prison à sa place. L'ombre est peut-être très confortable quand personne ne cherche à la percer. Juin 1995, les poches vides encore. Mohamed Belaraj recommence. Cette fois, il s'en prend à d'autres femmes, toujours dans les mêmes quartiers,
6:49 toujours la même méthode, la confiance, la familiarité et puis le couteau. Au total, les enquêteurs établiront cinq meurtres à son actif. Cinq femmes. Cinq fois le même mode opératoire, cinq fois le même sang-froid. Mais cette fois, quelque chose change.
7:11 La police commence à avoir un schéma des crimes similaires, même quartier, même type de victimes, même méthode. Un profileur n'est pas nécessaire pour comprendre. Il y a un récidiviste parmi eux. Les enquêteurs resserrent le filet. Ils interrogent les habitués des maisons
7:30 closes, ils cherchent un visage connu, un homme qui n'attire pas l'attention. Et les langues finissent toujours par se délier. Quand les enquêteurs viennent l'arrêter, Mohamed Belarbi ne court pas, il ne résiste pas. Il n'est ni paniqué [musique] ni surpris. Il regarde les
7:51 policiers avec ce calme particulier qui avait toujours fait de lui un homme difficile à soupçonner. Face aux enquêteurs, [musique] il reconnaît ses crimes méthodiquement, froidement, avec la même indifférence [musique] qu'il avait montrée en fouillant les
8:08 sacs de ses victimes après les avoir tuées. Cinq meurtres avoués. Mais surtout, et c'est là où cette affaire dépasse le cadre du simple fait divers, il révèle la vérité sur le premier crime de 1993, celui qu'on avait imputé à deux innocents. Abdelwahed Elmouli et Ahmed Nouri
8:30 avaient passé des années en prison pour un crime qu'ils n'avaient pas commis. Mohamed Belarbi le savait. Il l'avait su depuis le premier jour. Dans l'histoire criminelle du Maroc, cette affaire reste l'une des plus troublantes, non pas seulement à cause
8:46 du nombre de victimes, mais à cause de ce qu'elle révèle sur [musique] les failles d'un système. Des innocents condamnés, un coupable libre, un silence [musique] qui dure des années. L'affaire Mohamed Belarbi est jugée devant la chambre criminelle près la
9:02 cour d'appel d'El [musique] Jadida, la ville où tout a commencé, la ville où il est né, la ville où il a tué. Le verdict tombe. Condamnation à mort. Mohamed Belarbi écoute la sentence avec le même calme qui l'avait caractérisé tout au long de sa vie criminelle.
9:22 Pas un mot de trop, pas un geste brusque, juste ce silence pesant, difficile à comprendre pour ceux qui n'ont jamais regardé dans les yeux un homme sans remords. Mohamed Belarbi n'était pas un monstre sorti de nulle part, c'était un homme ordinaire, scolarisé,
9:43 aimé, intégré. C'est ce qui rend cette histoire [musique] si dérangeante. Les monstres qui font le plus de dégâts ne sont pas ceux qu'on reconnaît de loin. Ce sont ceux qui sourient, qui connaissent votre prénom, qui payent leurs consommations et qui disent "Bonsoir" en partant.
10:01 Aïcha Slimani et les quatre autres femmes qui ont perdu la vie n'avaient pas mérité leur sort. Elles vivaient dans l'ombre, l'ombre que la société préfère ne pas voir. Et c'est précisément cette invisibilité qui les a rendus vulnérables. Abdelouahed [musique] El Mouli et Ahmed
10:19 Nouri, eux, ont payé pour un crime qu'ils n'avaient pas commis. Leur histoire est celle [musique] d'une injustice que le temps ne peut pas vraiment réparer. Dans l'ombre d'El Ghali, il y a toujours quelque chose que la lumière n'a pas encore trouvé.
10:35 Merci d'avoir écouté cet [musique] épisode de Dans l'ombre d'El Ghali. Si cette histoire vous a touché, partagez-la parce que ces femmes méritent que leurs noms soient prononcés, que leurs histoires soient entendues, pas oubliées dans une ruelle. Abonnez-vous, [musique]
10:49 laissez vos commentaires et la prochaine fois que vous traversez une médina la nuit, regardez dans l'ombre.