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← Épisode 6 : 🇩🇿 LE MARIAGE QUI N’AURA JAMAIS LIEU | Une affaire criminelle à Bordj El Kiffan
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0:03 Vous écoutez l'ombre d'Elgali, le podcast qui explore les histoires où la lumière peine à percer parce que derrière chaque ombre, il y a un nom et une vérité. Ici, nous donnons une voix à ceux qu'on n' pas entendu. Nous marchons dans les pas de vie brisée et nous
0:19 laissons les silences nous guider vers ce qui a été perdu. Chaque histoire est un voyage au cœur de l'humain, un chemin où l'émotion, la douleur et l'espoir s'entremêle. Installez-vous. L'histoire que vous allez entendre mérite enfin d'être racontée.
0:39 [musique]
1:03 Il ne restait que de semaines. Deux semaines avant un mariage, de semaines avant qu'un homme ne commence une nouvelle partie de sa vie. Mais ce mariage n'aura jamais lieu. Nous sommes à Borgel Kefan à l'est d'Alger dans le quartier Boudiab. Un
1:20 couple vit [musique] sous le même toit depuis ans. Années de mariage, [musique] années d'une vie commune dont finalement nous savons très peu de choses. Lui travaille comme vendeur de sardine. [musique] Son identité complète n'a pas été rendue publique dans les comptes-rendus
1:37 judiciaires que j'ai pu consulter. La presse algérienne ne le désigne que par [musique] ses initiales : A B. Alors, pour rendre ce récit plus humain et surtout pour éviter de réduire une victime à deux simples lettres, j'ai choisi de lui donner un prénom
1:54 d'emprunt. Tout au long de cette histoire, je l'appellerai donc Abdel. Ce n'est pas son véritable prénom, c'est simplement le nom que nous utiliserons pour préserver son anonymat et celui de sa famille. À ses côtés se trouvent Suila. Abdel et Souila sont mariés depuis 17
2:14 ans. Ils n'ont pas eu d'enfants. Et après toutes ces années de vie commune, Abdel a pris une décision qui va profondément bouleverser l'équilibre du couple. Il souhaite épouser une seconde femme, une seconde femme beaucoup plus jeune que Suila.
2:32 Et il ne s'agit plus seulement d'une idée. Le mariage est prévu et dans deux semaines. Souila, elle refuse cette perspective. Quelques jours avant le drame, une dispute éclate entre les deux époux à ce sujet. Puis arrive la nuit du 14 au 15 juillet 2025. Une nuit que Souilla
2:54 décrira plus tard d'une manière presque déconcertante. Une nuit calme. Une nuit durant laquelle son mari lui apporte une glace. Il la mange ensemble. Il discute pendant plusieurs heures. Vers 3h du matin, la conversation se termine. Abdel va se
3:14 coucher. Quelques heures plus tard, il est mort. Pourtant, ce n'est qu'aux alentours de heures que sa famille découvre la situation. Lorsqu'elle pénètre dans la maison, quelque chose semble déjà profondément anormal. Le corps d'Abdè est froid, [musique]
3:34 rigide. Il se trouve à proximité de la salle de bain. Le sol est recouvert de savons. L'arrivée de gaz du chauffeau est ouverte. Et surtout, les traces retrouvées dans la maison vont laisser penser qu'Abdel n'est pas mort à l'endroit où son corps a été découvert.
3:53 Quelqu'un semble l'avoir déplacé depuis la chambre, depuis le lit conjugal, jusqu'à cette salle de bain. Alors, une question va rapidement [musique] s'imposer. d'elle ? A-t-il été victime d'un terrible accident domestique ou quelqu'un dans cette maison a-t-il voulu
4:12 donner l'impression [musique] qu'il s'agissait d'un accident ? Aujourd'hui, dans l'ombre d'Elgali, nous allons revenir sur cette affaire extrêmement récente, survenue en Algérie et encore très peu connue en dehors du pays. L'histoire de 17 années de mariage,
4:29 d'une seconde union qui devait être [musique] célébrée quelques jours plus tard d'une nuit apparemment ordinaire. et d'une [musique] maison dans laquelle les traces laissées derrière un cadavre vont raconter une histoire très différente de celle [musique] que l'on
4:44 voulait peut-être faire croire. Voici l'affaire de Borgel Kiffan. Pour comprendre cette affaire, il faut commencer par accepter une frustration. Nous savons malheureusement très peu de choses sur la [musique] vie d'Abdel avant sa mort. Son identité complète n'a pas été rendue
5:03 publique. Son âge n'est pas précisé dans les compte-rendus judiciaires disponibles. Nous ne connaissons ni son enfance, ni son parcours, ni les circonstances [musique] exactes dans lesquelles il a rencontré Sila. Et je préfère vous le dire clairement plutôt
5:18 que de remplir ses silences avec des éléments que personne ne peut vérifier. Ce que nous savons en revanche, c'est qu'Adel vit à Borel Kiffan. Cette commune se trouve à l'est d'Alger sur le littoral. Abdel gagne sa vie comme vendeur de sardines à un métier
5:36 simple, un métier du quotidien. Depuis 17 ans, il partage sa vie avec Souila. 17 ans. Lorsqu'un couple traverse autant d'années ensemble, il accumule forcément une histoire, des habitudes, des souvenirs, des périodes heureuses, des disputes, des réconciliations, des
5:56 [musique] projets qui aboutissent et d'autres qui disparaissent avec le temps. Mais de tout cela, le dossier judiciaire ne nous dit presque rien. Il nous apprend cependant que le couple n'a pas eu d'enfants. Là encore, soyons prudents. Nous ignorons comment Abdel et
6:12 Suila vivaient [musique] cette situation. Nous ne savons pas si elle avait constitué une souffrance pour eux. Nous ne savons pas non plus si elle avait joué un rôle dans la décision qu'Abdel allait prendre. Ce que nous savons simplement, c'est
6:26 qu'en juillet 2025, quelque chose vient bouleverser leur quotidien. Abdel souhaite se remarier. Il envisage de prendre une seconde épouse, une femme décrite comme plus jeune que Souila. Et surtout, ce mariage est imminent. Ce n'est pas un projet lointain. Ce n'est
6:44 pas une hypothèse dont le couple dispute vaguement. Selon les éléments rapportés lors du procès, la cérémonie doit avoir lieu de semaines plus [musique] tard. Pour Suila, cette décision est difficilement acceptable. Elle s'y oppose. Quelques jours avant la mort d'Abdel, le
7:02 sujet provoque une dispute entre eux. Nous ne connaissons pas les mots échangés. Nous ne savons pas qui a élevé la voix. Nous ne savons pas comment cette dispute s'est terminée. Et nous n'allons pas inventer une scène dont personne n'a été témoin. Mais ce
7:17 désaccord deviendra plus tard extrêmement important. Car lorsque les enquêteurs chercheront à comprendre pourquoi Abdel est mort, ils découvriront qu'à seulement quelques jours du drame, son couple traversait une crise directement liée à ce mariage. Et pourtant,
7:35 la dernière soirée [musique] qu'Abdel et Souila vont passer ensemble ne ressemble pas à une soirée de haine. Bien au contraire, nous sommes dans la soirée du 14 juillet 2025. À l'intérieur du logement, rien ne semble annoncer ce qui va suivre. Du
7:50 moins, si l'on se fit au récit que Souila donnera par la suite. Abdel lui apporte une glace, un détail presque insignifiant. Et pourtant, lorsqu'on connaît [musique] la suite de cette histoire, ce détail prend une dimension étrange parce qu'il s'agit peut-être de l'un des
8:08 derniers gestes ordinaires accomplis par Abdel. Quelques heures avant sa mort, cet homme apporte simplement une glace à son épouse. Il la mange ensemble. Puis il discute longtemps. Selon Souila, la conversation [musique] commence aux alentours de 23h30. Elle se
8:28 poursuit jusqu'à environ 3h du matin. Près de 4 heures passées ensemble. De quoi [musique] parle-t-il ? Nous l'ignorons. Le mariage prévu de semaines plus tard est-il évoqué ? Abdel tente-t-il de rassurer Souila ? Le couple parle-t-il de son avenir ? ou
8:47 discute-il [musique] simplement de choses ordinaires ? Impossible de le savoir. Et cette absence de réponse est importante parce qu'il serait extrêmement facile, connaissant la fin de l'histoire, d'imaginer une conversation lourde, tendue, presque
9:02 menaçante. Mais nous n'en savons rien. Vers 3h du matin, la discussion prend fin. Abdel va dormir. Suila racontera ensuite avoir entendu un bruit, un bruit suffisamment important pour attirer son attention. Lorsqu'elle se lève, son mari [musique] se trouverait à proximité de
9:22 la salle de bain. Selon sa version, Abdel serait tombé puis il aurait chuté une seconde fois. Elle affirme avoir essayé de lui porter secours, mais elle explique également avoir commencé elle-même à ressentir des vertiges, une sensation de malaise, de
9:38 désorientation. Et Suila va avancer une explication, le gaz. Selon elle, une fuite de gaz aurait pu provoquer le malaise d'Abdel et peut-être le sien également. À première vue, l'histoire pourrait tenir une fuite domestique, un homme qui se lève durant la nuit ou au petit
9:58 matin, un malaise, une chute, une épouse elle-même [musique] étourdie, un accident tragique. Cela arrive. Et si l'histoire s'arrêtait là ? Peut-être parler-nous simplement aujourd'hui d'un dramatique accident domestique, mais quelque chose ne colle pas.
10:18 Quelque chose de très simple. Une question [musique] que les proches vont bientôt poser. À quelle heure Abdel est-il réellement mort ? les heures passent et c'est précisément là que cette affaire devient troublante. Car selon le témoignage qui sera plus
10:37 tard rapporté devant la justice, Suila aurait indiqué qu'Abdel se trouvait dans cet état depuis environ 9h du matin. 9h ? Pourtant, ce n'est qu'aux alentours de 17h que la famille est véritablement alertée. 8h potentiellement 8h entre le moment où
10:59 Sila affirme avoir découvert son mari [musique] dans cet état et l'arrivée des proches. Heures durant lesquels personne ne semble avoir compris l'ampleur de la situation. Pourquoi ? Pourquoi ne pas appeler immédiatement les secours ? Pourquoi ne pas prévenir sa famille ?
11:16 Pourquoi attendre ? Cette question va devenir centrale. La première personne de la famille à intervenir est notamment la belle-sœur d'Abdel. Lorsqu'elle arrive dans le logement, elle découvre un homme allongé au sol. Elle comprend rapidement qu'il
11:30 ne réagit plus. Elle cherche alors Suila et la trouve dans une autre pièce. Lorsque la belle- sœur [musique] lui demande pourquoi elle n'a pas averti la famille plus tôt, Sila aurait expliqué qu'Abdel se trouvait ainsi depuis le matin. Une explication liée à une
11:44 blessure ou à une contusion à la jambe serait également évoquée. Mais lorsque le frère d'Abdel arrive à son tour, quelque chose le frappe immédiatement. Le corps est déjà rigide. Il ne s'agit [musique] évidemment pas d'une expertise médicale. Un proche ne peut pas
11:59 déterminer scientifiquement l'heure exacte d'un décès simplement touchant un corps. Mais ce constat suffit à faire comprendre à la famille une chose terrible. Abdel ne vient probablement pas de mourir. Sa mort remonte déjà un certain temps. Et dès lors, une question
12:16 encore [musique] plus inquiétante apparaît. Que s'est-il passé dans cette maison pendant toutes ces heures ? Les forces de l'ordre interviennent. La police scientifique commence à examiner [musique] le logement et la scène découverte est étrange.
12:30 Abdel se trouve à proximité de l'entrée de la salle de bain. Son corps est presque nu. Il est partiellement recouvert d'un tissu. Des matières fécales sont présentes autour de lui. Il n'y a pas de scène sanglante spectaculaire. Pas d'armes immédiatement
12:44 visibles. Pas de couteau planté dans le corps. Pas de marde sang permettant de comprendre immédiatement [musique] ce qui s'est passé. Mais il y a des détails et dans une enquête criminelle, les détails sont parfois plus importants que ce qui saute immédiatement aux yeux.
13:01 À proximité de la salle de bain, le sol est recouvert de savons. Il est donc particulièrement glissant. Puis les [musique] policiers constatent autre chose. Le robinet alimentant le chauffau en gaz est ouvert. Du gaz a [musique] donc pu s'échapper dans le logement. Et
13:16 soudain, la version d'un accident semble presque prendre forme devant eux. Imaginez la scène telle qu'elle pourrait être interprétée au premier regard. Un homme se lève, il se dirige vers la salle de bain. Une fuite de gaz provoque un malaise. Le sol est glissant. Il
13:37 tombe. Sa femme ressent elle-même des vertiges. Tout semble pouvoir s'emboîter. Sauf que les enquêteurs ne vont pas se contenter de regarder l'endroit où le corps a été retrouvé. Ils vont examiner l'ensemble de la maison. Et lorsqu'ils arrivent dans la chambre, l'histoire change.
13:56 Dans la chambre conjugale, les policiers découvrent quelque chose. Des matières fécales sont présentes sur le lit. Ce détail est désagréable à entendre, mais il est important car il suggère que quelque chose a pu se produire dans cette chambre avant que le corps d'Abdè
14:12 ne se retrouve près de la salle de bain. Et surtout, les enquêteurs observent des traces, des traces qui semblent partir du lit puis traverser une partie du logement jusqu'à [musique] l'endroit où le corps a été retrouvé. Pour la police scientifique, une hypothèse devient
14:29 alors particulièrement sérieuse. Le corps d'Abdel aurait été déplacé. Il aurait été traîné depuis la chambre jusqu'à proximité de la salle de bain. Et cette constatation change absolument tout parce qu'un homme victime d'un simple malaise dans une salle de bain ne
14:46 laisse normalement pas derrière lui des traces suggérant que son corps vient d'une autre pièce. Alors, pourquoi Abdel aurait-il été déplacé ? Pourquoi le transporter jusqu'à la salle de bain ? Pourquoi du savon se trouve-t-il sur le sol ? Pourquoi l'arrivée du gaz est-elle
15:03 ouverte ? Pris séparément, chacun de ces éléments pourrait peut-être recevoir une explication, mais lorsqu'on les rassemble, une autre possibilité apparaît. La scène découverte par les proches et les policiers n'est peut-être pas la scène réelle de la mort.
15:20 Elle pourrait être une mise en scène. C'est désormais l'une des hypothèses majeures des enquêteurs. Abdel aurait été tué ailleurs dans le logement. Puis son corps aurait été déplacé. Le savon et le gaz auraient pu servir à créer les apparences d'un
15:38 accident domestique, un malaise, une chute, une intoxication, une mort malheureuse dans une salle de bain. Selon l'accusation qui sera présentée lors du procès, l'ouverture du gaz aurait précisément servi à dissimuler le crime et à brouiller les circonstances réelles décès.
15:59 Mais une scène fabriquée possède un problème. Celui qui la fabrique connaît l'histoire qu'il souhaite raconter. Les traces, elles ne connaissent aucune histoire. Elles sont simplement là. Et ici, elles semblent raconter autre chose. La première version dit : "Abdel
16:18 a fait un malaise. Il est tombé près de la salle de bain, peut-être à cause du gaz. La seconde dit : "Quelque chose s'est produit dans la chambre." Le corps d'Abdel a ensuite été déplacé. Il a été emmené jusqu'à la salle de bain. Le gaz a été ouvert, du savon se trouve au sol.
16:38 Puis plusieurs heures se sont écoulées avant que la famille ne soit alertée. Les enquêteurs vont donc commencer à regarder Souila non plus seulement comme l'épouse d'un homme décédé, mais comme une personne susceptible de savoir exactement ce qui s'est passé.
16:54 Interrogé, Suila maintient son récit. Elle évoque les chutes de son mari. Elle parle de ses propres vertiges. Elle insiste sur la présence du gaz. Mais lorsqu'on examine les jours ayant précédé la mort d'Abdel, un élément revient. Le mariage. Suila reconnaît qu'une dispute avait
17:14 éclaté quelques jours auparavant et elle explique pourquoi. Abdel voulait prendre une seconde épouse. Elle ne l'acceptait pas. Cette autre femme était plus jeune [musique] qu'elle et elle ne l'acceptait pas non plus. Et le mariage devait avoir lieu dans
17:31 seulement deux semaines. Pour les enquêteurs, un mobile potentiel apparaît. La jalousie, la colère, la peur de perdre sa place. Peut-être également le sentiment de voir 17 années de vie commune bouleversé par l'arrivée d'une autre femme. [musique] Mais il faut faire attention,
17:51 un mobile n'est pas une preuve. Des milliers de couples traversent des crises extrêmement violentes sans que personne ne tue personne. Une dispute ne fait pas automatiquement d'un conjoint à un meurtrier. C'est l'ensemble des éléments qui intéressent la justice. Et ici, il
18:07 commence à s'accumuler. Un conflit conjugal important, une mort quelques jours plus tard, un corps qui semble avoir été déplacé, une arrivée de gaz ouverte. Plusieurs heures avant d'alerter la famille, une version des éléments confrontés à des constatations
18:24 matérielles difficiles à expliquer. Et au cours de l'enquête, Suila finira par faire ce que les contre-rendus judiciaires décriront comme des aveux partiels. Dès lors, l'hypothèse de l'accident domestique s'effondre définitivement. Les enquêteurs travaillent désormais sur
18:41 un homicide. Mais comment Abdel est-il mort ? est probablement la question la plus importante. Et paradoxalement, c'est aussi celle pour laquelle les informations publiques sont parmi les plus limitées. Le compte-endu judiciaire publié au moment du procès évoque
18:59 explicitement une mort par strangulation. [musique] La justice retiendra finalement la qualification d'assassinat. Mais le rapport médico légal complet n'a pas été rendu public dans les sources disponibles. Nous ne connaissons donc pas précisément tous les résultats de
19:15 l'autopsie. Nous ignorons la durée exacte de l'agression. Nous ne savons pas précisément de quelle manière la strangulation aurait été exercée. Nous ne savons pas non plus si Abdel dormait lorsque l'agression a commencé. Alors, nous n'allons pas l'imaginer parce que
19:31 raconter une affaire criminelle ne signifie pas remplir tous les silences. Parfois, respecter une victime signifie aussi accepter de dire "Nous ne savons pas". Ce que nous pouvons affirmer en revanche, c'est que la mort d'Abdel n'est plus considérée comme le résultat
19:46 d'un simple accident domestique. Pour l'accusation, il a été volontairement tué. Puis son corps a été déplacé et la scène aurait été ensuite modifiée afin d'orienter les regards vers une autre explication. Revenons maintenant à cette journée du
20:03 15 juillet parce que les proches d'Abdel vont jouer un rôle important. Ils ne sont pas policiers, ils ne sont pas médecins légistes. Ils n'ont aucune idée lorsqu'ils pénètrent dans le logement qu'ils pourraient être en train d'observer les conséquences d'un crime.
20:18 Ils viennent simplement parce qu'un membre de leur famille ne va pas bien. Puis il découvre l'impensable. La belle-sœur voit Abdel au sol. Elle constate qu'il ne réagit pas. Elle cherche Souila. Elle la trouve dans une autre pièce. Selon le témoignage
20:33 rapporté lors de l'audience, son comportement lui paraît suffisamment étrange pour qu'elle commence à poser des questions. Pourquoi n'avoir prévenu personne ? Pourquoi avoir attendu ? Et c'est alors qu'elle apprend qu'Abdel serait dans cet état depuis 9h du matin. Puis le frère
20:51 arrive, il touche son frère. Le corps est déjà rigide. Imaginez ce moment. Quelques heures auparavant, Abdel avait encore une vie, un travail, une famille, un mariage prévu, des projets pour les semaines suivantes. Et maintenant, ses
21:12 proches se trouvent autour de son corps sans comprendre ce qui lui est arrivé. Puis sa mère arrive elle aussi. À cet instant, personne ne connaît encore toute l'histoire, mais une certitude s'impose déjà. Quelque chose dans cette maison ne correspond pas à ce qu'on leur raconte.
21:30 Lorsque nous racontines, nous connaissons la fin dès le début et cela modifie forcément notre manière de regarder tout ce qui précède. Nous savons qu'Abdel va mourir. Nous savons que Souila sera accusé. Nous savons qu'un tribunal finira par la condamner.
21:46 Alors, nous sommes tentés de chercher dans les 17 années précédentes les signes annonciateurs du drame. Mais nous ne les avons pas. Nous ne savons pas ce qu'était leur quotidien. Nous ne savons pas s'ils rient ensemble. Nous ne savons pas combien de fois ils se sont
22:01 disputés. Nous ne savons pas quel rêve ils avaient lorsqu'ils se sont mariés. Nous savons seulement qu'après 17 années, quelque chose s'est brisé. Le projet de second mariage devient pour l'accusation le mobile central. Abdel voulait refaire sa vie en partie
22:18 avec une autre femme sous il la refusait. Et deux semaines avant que cette union ne soit célébrée, Abdel meurt. Mais derrière le mobile judiciaire, il reste une réalité beaucoup plus simple. Deux personnes qui avaient partagé près de deux décennies
22:34 sous le même toit se retrouvent au cœur d'une situation où l'une ne verra jamais le lendemain et où l'autre passera bientôt du domicile conjugal à une cellule. Le temps passe. Presque 11 mois après la mort d'Abdel, Sila doit répondre de ce qui s'est produit dans cette maison.
23:00 Nous sommes le 1er juin 2026. L'affaire arrive devant le tribunal criminel de première instance de Darel Beida. Suila comparaît détenu. Les accusations sont extrêmement graves. Elle est poursuivie pour assassinat mais également pour avoir cherché à
23:13 dissimuler les traces du crime afin d'entraver le travail de la justice. Devant les juges, cette dernière nuit est reconstruite. La glace apportée par Abdel, la conversation entre 23h30 et 3h du matin, le bruit, les chutes évoquées par Souila, les vertiges, le gaz. Puis vient
23:34 la version des enquêteurs. La chambre, le lit, [musique] les traces, le déplacement supposé du corps, la salle de bain, le savon, l'arrivée de gaz et surtout les heures qui séparent le matin de l'arrivée de la famille. La belle- sœur témoigne, [musique]
23:53 elle raconte la découverte du corps. Elle raconte avoir interrogé Souila. Elle rapporte que la situation remontait au matin. Puis le frère d'Abdel. Lorsqu'il est arrivé, son frère était déjà rigide. Enfin, revient la question du mobile, le second mariage, la femme
24:13 plus jeune, la dispute. Et cette cérémonie qui devait avoir lieu seulement de semaines après la mort d'Abdel. Pour le ministère public, il ne s'agit pas d'un accident, il s'agit d'un assassinat. Lorsque vient le moment des réquisitions, le ministère public
24:32 demande une sanction extrêmement lourde, la peine de mort. L'accusation [musique] considère que Suila a volontairement tué son mari et qu'elle a ensuite tenté de modifier la scène afin de dissimuler les circonstances réelles de sa mort. Il faut préciser quelque chose
24:49 concernant l'Algérie. La peine capitale existe toujours dans le droit algérien pour certaines infractions particulièrement graves, mais le pays applique depuis les années 90 un moratoire de fait sur les [musique] exécutions. La peine réclamée reste néanmoins
25:05 révélatrice de la gravité avec laquelle [musique] l'accusation considère cette affaire. Les juges délibèrent et finalement ils ne suivent pas totalement les réquisitions du ministère [musique] public. Suila échappe à la condamnation à mort, mais la peine prononcée reste
25:21 extrêmement lourde. Réclusion criminel à perpétuité. 17 années de mariage se termina ainsi. Abdel est mort. Suila est condamné à passer le reste de sa vie en prison et le mariage qui devait avoir lieu de semaines après cette nuit n'aura jamais lieu.
25:40 Avant de terminer cette histoire, j'aimerais revenir sur quelque chose. Depuis le début de cet épisode, je l'ai appelé Abdel, [musique] mais souvenez-vous, ce n'était pas son véritable prénom. Nous avons choisi ce prénom parce que son identité complète
25:55 n'a pas été rendue publique et surtout parce que je refusais de raconter pendant toute une histoire la mort d'un homme en l'appelant simplement par deux initiales A B. Mais au fond, cela dit quelque chose de la manière dont les victimes disparaissent, parfois derrière
26:13 les affaires criminelles. Nous connaissons énormément de choses sur les dernières heures de cet homme. Nous savons où son corps a été trouvé. Nous savons qu'il y avait du savon près de la salle de bain. Nous savons que l'arrivée de gaz était ouverte. Nous
26:27 savons ce que les policiers ont découvert dans sa chambre. Nous savons ce que sa femme a raconté. Nous savons ce que sa belle- sœur a vu. Nous savons ce que son frère a constaté. Nous savons qu'une dispute avait éclaté autour de son projet de second mariage.
26:42 Nous savons même qu'au cours de sa dernière soirée, il avait apporté une glace à son épouse. Mais de l'homme lui-même, nous savons presque rien. Et c'est peut-être ce qui me touche le plus dans cette affaire parce qu'Abelle, quel était son véritable prénom, n'était pas seulement
27:01 l'homme retrouvé mort près d'une salle de bain. Il avait une mère, des frères, une belle sœur qui ce jour-là est entrée dans cette maison sans savoir qu'elle allait y découvrir son corps. Il avait un métier, des habitudes, des connaissances, probablement des endroits
27:18 où l'on reconnaissait son visage. Il avait une vie [musique] quotidienne et surtout il avait encore des projets. Dans de semaines, il devait se marier. que l'on approuve ou non ses choix personnels n'a aucune importance parce qu'il existe une différence fondamentale
27:35 entre juger les choix d'une personne et considérer que ses choix justifient qu'on lui retire la vie. Une séparation peut faire souffrir, la jalousie [musique] peut détruire, le sentiment d'abandon peut provoquer une colère immense. Après 17 années passé avec
27:50 quelqu'un, apprendre que cette personne souhaite partager sa vie avec une autre peut provoquer un bouleversement profond. Mais aucune douleur sentimentale ne donne à quelqu'un droit sur la vie de l'autre. Jamais. Et peut-être est-ce cela que cette histoire nous rappelle ?
28:07 Nous pouvons partager une maison avec quelqu'un, partager un lit, des repas, des années, des souvenirs. Nous pouvons penser connaître cette personne mieux que quiconque. Mais aimer quelqu'un, ce n'est pas le posséder. Et lorsque l'amour devient possession,
28:24 lorsque la peur de perdre quelqu'un devient plus importante que son droit de vivre, alors quelque chose de profondément dangereux peut commencer. Le juillet à Borge Alkifan, un homme avait encore un avenir devant lui. Deux semaines plus tard, une cérémonie devait
28:42 avoir lieu. Elle n'aura jamais lieu. [musique] Et aujourd'hui, dans les documents publics consacrés à sa mort, cet homme ne subsiste pratiquement plus qu'à travers quelques initiales. Alors ce soir, nous lui avons donné un prénom, Abdel. pas pour réécrire son
29:00 histoire, pas pour prétendre connaître son identité, [musique] mais simplement pour nous rappeler qu'avant de devenir une victime dans un dossier judiciaire, il était un être humain, un fils, un frère, un homme avec un travail, des habitudes et des projets. [musique] Et
29:17 comme toujours dans l'ombre d'Elgalie, derrière chaque enquête, derrière chaque procès, derrière chaque condamnation, il y a d'abord une vie. Une vie qui elle ne reviendra jamais. Cette histoire lui est dédiée. À très bientôt [musique]
29:38 dans l'ombre d'Elgali. Yeah.