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← Épisode 9 : 🇲🇦 LES BOUCHERS DE MEKNÈS : Une affaire qui a bouleversé tout le pays.
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0:02 À Mecnes, derrière la façade ordinaire d'une boucherie de quartier, personne n'imaginait que se préparait un crime qui allait horrifier tout un pays. Vous écoutez l'ombre d'Elgelie, le podcast criminel qui raconte les histoires de celles et ceux qu'on ne doit pas oublier.
0:45 Mecnes, Maroc, février 2006. La nuit est tombée sur la médina. Dans les ruelles anciennes, les commerces ferment peu à peu leurs portes. Les voies se font plus rares. Les derniers passants pressent le pas avant de regagner leur maison. Dans le quartier
1:00 Néjarine, un couple rentre chez lui. Lui s'appelle Ibrahim Assitou. Il est avocat au barreau de Mecnes. Elle s'appelle Maria Benani. Elle est son épouse, sa compagne de vie, celle avec laquelle il partage son quotidien, ses projets et les habitudes rassurantes d'une
1:21 existence ordinaire. Ce soir-là, Ibrahim et Maria pensent simplement rentrer à la maison. Ils ignorent que derrière une porte, à quelques mètres seulement de leur appartement, plusieurs hommes les attendent. Ces hommes connaissent leurs habitudes.
1:39 Ils savent probablement à quelle heure il rentrent. Ils connaissent les meubles, ils connaissent les escaliers et surtout ils [musique] connaissent les victimes. Car les assassins ne viennent pas de loin. Ils ne sont [musique] pas des inconnus ayant choisi une maison au
1:54 hasard. Ils travaillent à proximité. Ils vivent dans le même environnement. Ce sont leurs voisins, des hommes que tout le quartier connaît, trois frères exerçant [musique] le métier de boucher. Cette nuit-là, lorsque la porte de l'appartement se referme derrière
2:12 Ibrahim Assitou et Maria Benani, la vie continue normalement dans les ruelles de Mecnes. Personne n'imagine encore que le couple vient de disparaître et que pendant plusieurs mois, une question [musique] va hanter leurs proches. Comment deux personnes peuvent-elles
2:31 s'évanouir ainsi sans laisser la moindre trace au cœur d'une ville où tout le monde semble connaître tout le monde ? Bienvenue [musique] dans l'ombre d'Elgali. Ici nous racontons les histoires que le temps a presque effacé et nous redonnons [musique] une voix à
2:49 ceux que le crime a condamné au silence. Avant de parler du crime, il faut parler des victimes. Car Ibrahim Sitou et Maria Benani ne sont [musique] pas seulement les deux noms d'une affaire judiciaire, ils sont un couple. Deux êtres humains dont l'existence ne [musique] peut pas
3:07 être résumée à la façon dont elle s'est terminée. Ibrahim assitou exerce la profession d'avocat. Il a rejoint le barreau de Mecnes en mai 1991. Cela signifie qu'au moment de sa disparition, il possède près de quinze années d'expérience. Pendant toutes ces années, il a reçu des
3:27 clients, étudier des dossiers, assister des familles et plaidés devant les tribunaux. Le métier d'avocat est un métier de parole, mais c'est aussi un métier de conflit. Un avocat intervient souvent lorsque deux personnes ne parviennent plus à se comprendre.
3:45 Lorsqu'un litige oppose des voisins, lorsqu'une dette n'est pas payée, lorsqu'un commerce dérange un habitant, lorsqu'une situation que l'on croyait insignifiante commence à empoisonner le quotidien. Ibrahim et Maria vivent dans le quartier Néjarine au cœur de l'ancienne Meddina
4:04 de [musique] Mecnèes. À proximité de leur appartement se trouve un commerce de viande et de restauration populaires tenu par les frères Bouami. Les articles de presse de l'époque parlent tantôt d'une boucherie, tantôt d'un restaurant [musique] spécialisé
4:21 dans la viande hachée et les grillades. Dans le quartier, la famille Boami semble être bien connue. Le commerce attire des clients, il génère du passage, il produit également du bruit, des odeurs [musique] et une activité constante. Peu à peu, un conflit éclate entre
4:41 Ibrahim Assito et les frères Bohami. La nature exacte de ce conflit est imparfaitement documentée. Les sources judiciaires et la presse évoquent principalement un différent lié au commerce installé dans l'immeuble ou à proximité du logement du couple. Il
4:58 aurait été question de nuisance, de problèmes de voisinage et de procédures entreprises par l'avocat. Ce qui est certain, c'est que cette querelle ne s'est pas éteinte avec le temps. Au contraire, elle aurait nourri chez les frères Boami une renqueur de plus en plus profonde.
5:16 À première vue, cela paraît impossible. [musique] On peut se disputer avec un voisin, on peut déposer une plainte, on peut s'affronter devant un tribunal. Mais comment passe-t-on d'un simple conflit de voisinage à la décision de supprimer deux personnes ? C'est
5:33 précisément ce qui rend cette affaire si effrayante. Elle ne commence pas dans le milieu du grand banditisme. Elle ne commence pas par une guerre entre organisation criminelle. Elle commence dans un immeuble, dans une cage d'escalier, entre des personnes qui se
5:49 croisent chaque jour. Les frères Boami sont trois. Abdel Jebar, Abdel Krim et Mamed. Les orthographes de leur prénoms varient selon les transcriptions de la presse francophone et arabophone. Il travaillent dans la viande. Dans certains articles, ils sont décrits
6:09 comme des bouchées du quartier Néjarine. Dans d'autres, comme les propriétaires d'un restaurant populaire ou d'un commerce de viande hachée. Leur activité est installée immédiatement sous le logement du couple ou dans le même ensemble immobilier.
6:24 Cette proximité joue un rôle essentiel. Les frères connaissent les déplacements d'Ibrahim et Maria. Ils savent quand le couple est présent, ils peuvent observer les allées venues sans attirer l'attention. Ils disposent également d'outils professionnels permettant de
6:40 découper la viande et les oses. Mais pour commettre un meurtre, il faut davantage qu'une rancune. Il faut [musique] un passage à l'acte, une décision, une organisation. L'enquête montrera que le crime n'aurait pas été improvisé dans un moment de colère. Il aurait été
7:00 préparé. Une source judiciaire publiée plusieurs années après les faits évoque même deux tentatives antérieures qui auraient échoué. Cette affirmation n'apparaît pas dans tous les comptes-rendus du dossier, mais elle renforce l'hypothèse d'un acte prémédité.
7:16 Les frères Bohamiam ne sont pas les seuls personnages de cette histoire. Un autre homme va devenir central. Il s'appelle Aziz Hde. Il vit ou travaille régulièrement en Espagne, [musique] ce qui lui vaut d'être parfois surnommé l'Espagnol. Il entretient des liens étroits avec au
7:36 moins l'un des frères. Selon l'accusation, Aziz ne serait pas un simple témoin. Il aurait participé à la préparation et à [musique] l'exécution du crime. Un autre homme apparaît également dans le dossier, Badre Raali, présenté [musique] comme un ancien agent
7:54 de la protection civile. Son rôle, selon l'accusation, [musique] aurait notamment consisté à aider au transport et à la disparition des restes des victimes. À mesure que le projet criminel se précise, plusieurs personnes gravitent ainsi autour des frères.
8:10 Certaines sont accusées d'avoir participé directement, d'autres d'avoir transporté des objets, d'autres encore d'avoir acheté les bijoux de Maria après sa mort. Ce qui commence comme un conflit entre voisins va devenir une affaire impliquant plus d'une [musique] dizaine
8:27 de suspects. Le jeudi 16 février 2006, Ibrahim Assitou et Maria Benani regagnent leur domicile. La presse [musique] de l'époque ne permet pas d'établir leur emploi du temps exact de la journée. Nous ne savons pas où ils ont dîné. [musique] Nous ne savons pas les derniers mots
8:45 qu'ils ont échangé. Nous ne savons pas s'ils ont remarqué quelque chose d'inhabituel en arrivant devant leur immeuble, mais nous savons qu'ils sont attendus. Selon la reconstitution [musique] judiciaire, plusieurs hommes se seraient introduits dans l'immeuble ou dissimulés
9:01 à proximité de l'appartement. Lorsque le couple ouvre sa porte, l'attaque est déclenchée. Deux versions principales apparaissent dans les sources. La première diffusée par l'agence de presse marocaine après la reconstitution indique que les victimes
9:18 ont été égorgées à leur domicile. La seconde [musique] rapportée notamment par la presse arabophone à partir des déclarations des accusés affirment qu'Ibrahim et Maria ont d'abord reçu de violents coups à la tête à l'aide de barres de fer [musique] ou de pièces métalliques.
9:35 Ces récits ne sont pas nécessairement totalement incompatibles, mais faute de pouvoir consulter directement les rapports médicaux et l'intégralité du [musique] dossier judiciaire, il serait malhonnête de choisir arbitrairement une version. Ce que la justice a retenu ne laisse
9:50 cependant aucun doute sur l'essentiel. Ibrahim Assitou et Maria Benani ont été attaqué ensemble dans leur propre maison par des hommes qui avaient préparé leur venue. Certains compterendus décrivent une musique ou un appareil audio poussé à plein volume afin de couvrir les
10:09 bruits de l'agression. L'image est glaçante. Dans l'immeuble, une musique raisonne. Peut-être que certains voisins l'entendent. Peut-être pensent-ils simplement qu'une personne écoute la radio ou regarde un film. Derrière la porte, pourtant, deux vies sont en train
10:28 [musique] de s'éteindre. Une fois les victimes mortes, les assassins [musique] doivent résoudre un problème. Deux personnes viennent d'être tuées dans un quartier danse de la Medina. Leurs corps ne peuvent pas être transportés facilement. Un véhicule
10:43 chargé en pleine nuit pourrait être remarqué. Une découverte rapide permettrait aux enquêteurs de remonter vers les voisins. Les meurtriers prennent alors une décision qui fera de cette affaire l'un des crimes les plus traumatisants de [musique] l'histoire
10:57 criminelle moderne du Maroc. Il décide de faire disparaître les corps. La suite doit être racontée avec retenu. Non pour protéger les assassins, mais pour préserver la dignité d'Ibrahim et de Maria. Les corps du couple auraient été déplacés vers un autre appartement de
11:16 l'immeuble présenté dans plusieurs sources comme le logement de l'un des frères Boami. Là, les assassins utilisent des couteaux, des silles et différents outils. Les corps sont démembrés, les oses sont brisées en fragment afin de faciliter leur transport. Selon
11:34 plusieurs comptes-rendus judiciaires, une partie des tissus aurait été passés dans une machine servant habituellement à hacher la viande, mélangé à de l'eau puis évacué dans les canalisations. Cette affirmation souvent reprise dans la presse a profondément marqué
11:49 l'opinion publique marocaine. Elle a aussi donné naissance à de nombreuses rumeurs. Avec le temps, certains récits populaires ont laissé entendre que les restes auraient pu être mélangés à la viande vendu au clients. Aucune source judiciaire fiable
12:05 consultée ne permet d'établir cela. La version rapportée lors du procès est que les assassins auraient cherché à faire disparaître les tissus dans les égoutts. Il est important de le préciser. Dans une affaire aussi atroce, la réalité est déjà suffisamment grave. Il n'est pas
12:22 nécessaire d'y ajouter des histoires non prouvées. Les fragments restants sont placés dans des sacs en plastique et dans des valises. Les assassins s'emparent également de certains biens appartenant aux victimes. Des bijoux de Maria, le téléphone d'Ibrahim, des
12:39 vêtements. Et d'après une source de presse, une somme d'argent importante estimée à 240000 dirham, environ 24000 € les bienvolés ont probablement un double objectif : enrichir les auteurs, mais aussi faire croire à un départ précipité ou à une disparition [musique] volontaire.
13:00 Les sacs sont ensuite chargés dans une voiture. Une rumeur affirmera qu'un véhicule officiel de la protection civile [musique] a servi au transport. Les autorités démentiront cette version. Selon une source sécuritaire citée par la MAP, c'est un véhicule privé
13:16 appartenant au frère Boami qui aurait été utilisé. D'autres articles mentionnent une Fiat Palio conduite par Asis et Badre. Le convoi quitte [musique] Meknes. Il parcourt plus de 100 km en direction de la région de Raba et de Temara. Finalement, les fragments transportés
13:35 sont jetés près de Loued Shera, loin de la maison, loin du quartier Néjarine, loin des regards. Les assassins pensent avoir effacé toutes les traces. Ils se trompent car il reste une chose impossible à faire disparaître, l'absence.
13:57 Très vite, les proches d'Ibrahim et Maria cherchent à les joindre. Le couple ne donne plus de nouvelles. Il ne répond plus normalement aux appels. Il ne se présente plus à ses rendez-vous. Pour un avocat en activité, une disparition prolongée ne peut pas passer inaperçu.
14:14 Des clients attendent, des collègues s'interrogent, des proches insistent. Pourtant, lorsque certaines [musique] personnes appellent le téléphone d'Ibrahim, quelqu'un décroche. Selon une [musique] source de presse, un homme et une femme auraient répondu aux
14:30 appels en prétendant que l'avocat et son épouse voyage [musique] en leur compagnie. Cette stratégie aurait pu fonctionner pendant quelques jours, mais elle ne rassure pas la famille. Au contraire, pourquoi Ibrahim ne répond-il pas lui-même ? Pourquoi une autre personne
14:47 utilise-t-elle son téléphone ? Pourquoi le couple serait-il parti sans prévenir ses proches et sans régler ses obligations professionnelles ? Une plainte est finalement déposée. Les services de police de Mecnes commencent leur recherche. Au départ, il s'agit
15:03 officiellement d'une disparition. Il n'y a pas de corps, pas de scène de crime évidente, pas de témoins direct, pas même la certitude que le couple est mort. Mais le téléphone portable devient [musique] une piste essentielle. Les enquêteurs le placent sous
15:19 surveillance. Ils suivent son utilisation. Ils identifient les personnes qui le détiennent. La piste les [musique] conduit progressivement jusqu'à Rabat. Un premier suspect est arrêté. Son interrogatoire ouvre une brèche. Puis les noms commencent à
15:35 tomber. Les frères Boami, Aziz, Badre, plusieurs femmes, des acheteurs de bijoux, des personnes ayant vu passer certains [musique] objets. Le cercle se resserre. Les enquêteurs comprennent alors qu'ils ne cherchent plus de personnes disparues. Ils enquêtent sur
15:54 un double assassinat. En juin 2006, environ 4 mois après la disparition, les arrestations se multiplient. Les trois frères Boami sont interpellés. D'après les autorités, ils finissent par reconnaître leur implication pendant l'enquête préliminaire. Ils décrivent la manière
16:13 dont Ibrahim et Maria ont été tués. Ils indiquent le lieu où les restes ont été jetés. Des objets appartenants aux victimes sont retrouvés. Des outils susceptibles d'avoir servi au crime [musique] sont saisis. Plusieurs femmes sont arrêtées pour avoir acheté ou
16:29 conservé les bijoux de Maria. L'une d'elles est également poursuivie pour son [musique] application dans des faits connexes au dossier. Au total, 14 personnes [musique] sont placées en détention en juin 2006. Le nombre d'accusés montera ensuite à 15
16:47 puis 16 selon les différentes étapes de la procédure et l'arrestation de [musique] nouveaux suspects. Aziz Hd, considéré comme l'un des principaux accusés, se trouve alors en Espagne. Un mandat d'arrêt de recherche internationale est émis contre lui. Il est arrêté en août 2006.
17:06 Son retour au Maroc permet d'intégrer au dossier celui [musique] que l'accusation présente comme l'un des organisateurs ou participant direct du crime. Tous les accusés ne reconnaissent cependant [musique] pas les faits. Aziz acte ni les accusations. Badr Ali
17:23 affirme quant à lui avoir été contraint d'aider les frères Boami. Lors du procès, il déclare qu'il l'aurait menacé de s'en prendre à lui, à son [musique] épouse, à sa fille et à ses parents s'il refusait de les aider. Il affirme aussi avoir été tenu par une
17:39 dette par un chèque signé [musique] en blanc. Pour l'accusation, ces explications ne suffisent pas à le disculper. Pour la défense, elle [musique] montre qu'il n'a pas participé volontairement à la conception du meurtre. Le tribunal devra décider où
17:55 s'arrête la peur et où commence la complicité. Le 18 juin 2006, une reconstitution est organisée sous la supervision du procureur général du roi près la cour d'appel de Mecnes. Le quartier assiste à une scène irréelle. Les hommes que tout le monde connaissait [musique]
18:13 comme les bouchées du voisinage reviennent sur les lieux entourés de policiers. Il montre les accès, les appartements, les endroits où ils se seraient placés, la manière dont les victimes auraient été attaqué, puis [musique] le déplacement des corps, les sacs, la
18:33 voiture, la route jusqu'à Louedchera. La reconstitution confirme [musique] selon les autorités que le couple a été tué à son domicile avant que les corps soient mutilés et transportés vers la région de Temara. Mais une difficulté majeure demeure. Les
18:50 restes [musique] d'Ibrahim et Maria sont extrêmement difficiles à retrouver et à identifier. La défense [musique] exploitera plus tard ce point. Elle contestera l'absence de corps complet, l'insuffisance de certains éléments matériels [musique] et les conditions
19:06 dans lesquelles les aveux ont été recueillis. Dans un procès criminel, un aveu ne suffit pas toujours. Il faut des preuves, des [musique] objets, des traces. des témoignages, une chronologie. La mort d'un accusé va encore compliquer le dossier.
19:26 Le procès doit commencer devant la chambre criminelle [musique] de la cour d'appel de Mecnes. Mais le 10 février 2007, un événement inattendu survient. Abdel Barbami présenté comme l'un des principaux acteurs du [musique] crime est retrouvé mort dans sa cellule à la
19:42 prison civile Sid Saï de Mecnes. Il devait comparaître devant la justice. Sa mort provoque immédiatement des interrogations. [musique] Est-il mort naturellement ? S'est-il suicidé ? A-t-il subi des violences ? Les avocats réclament les résultats de
19:58 l'autopsie. Les audiences sont reportées à plusieurs reprises. [musique] La défense estime que cette mort prive le tribunal d'un accusé essentiel et qu'elle fragilise [musique] certaines déclarations contenues dans le dossier. Elle soulève également l'absence de
20:13 preuv matérielle qu'elle considère suffisamment forte. Le procès devient particulièrement long. Les audiences se succèdent. Les témoins sont convoqués puis parfois absents. Des demandes de forme sont déposées, des expertises sont attendues. En mars 2009, le tribunal en
20:33 est déjà à sa 17e audience. Cela fait plus de 3 ans qu'Ibrahimait et Maria Benani ont disparu. Pour leurs proches, l'attente doit être insupportable. Ils ne peuvent pas véritablement faire leur deuil. Ils n'ont pas retrouvé les corps intacts. Ils doivent entendre
20:52 audience [musique] après audience les détails de ce qui aurait été infligé à ce qu'ils aimaient. Et face à eux se trouvent des accusés qui reconnaissent, contestent ou minimisent leur rôle. Les chefs d'accusation sont nombreux. [musique] Constitution d'une bande criminelle,
21:10 homicide volontaire avec préméditation, vol qualifié, enlèvement, mutilation et dissimulation de corps, recelle d'objets provenant [musique] du crime, complicité, mais aussi pour certains prévenus des accusations d'adultère, de proxénétisme ou de préparation d'un [musique] lieu
21:30 destiné à la prostitution. Ces dernières infractions sont liées aux relations complexes existant [musique] entre plusieurs protagonistes. La presse rapporte notamment qu'une relation sentimentale aurait existé entre Abdel Jebbarami et l'épouse [musique] d'Asiz Act. Ces éléments
21:49 périphériques rendent le dossier plus confus. Ils attirent [musique] l'attention mais ils ne doivent pas faire oublier le cœur du procès. Deux personnes [musique] ont été tuées chez elles. Leurs biens ont été volés. Leurs corps ont été détruits [musique] pour
22:03 empêcher leur identification. Le ministère public présente le crime [musique] comme une opération planifié. La querelle de voisinage aurait fourni le mobile initial. Le vol aurait constitué [musique] un mobile supplémentaire ou une opportunité. Les accusés [musique] ont-ils parlé
22:21 librement pendant les interrogations ? Peut-on condamner à la peine capitale en l'absence de corps complet [musique] et d'une autopsie permettant de confirmer précisément le mécanisme des décès ? Badr Ali répète qu'il a agi sous la menace. Aziz Hagd ni avoir organisé
22:37 le crime. Les frères encore en vie contestent certains aspects des accusations. Mais pour le tribunal les aveux, les objets retrouvés, la reconstitution et les différents témoignages forment un ensemble suffisamment cohérent. Après plusieurs années de procédure, le
22:55 verdict tombe dans la nuit du 13 au 14 avril 2009. Un téléphone qui sonne dans le silence, une habitude interrompue, un client qui attend son avocat, un proche qui connaît suffisamment bien la victime pour comprendre [musique] que quelque chose
23:10 ne va pas. C'est ainsi que l'enquête a commencé. Non pas grâce à une scène de crime spectaculaire, mais grâce à ceux qui connaissaient Ibrahim et Maria, grâce à ceux qui ont refusé de croire qu'il serait partis sans un mot. Cette affaire nous rappelle aussi une vérité
23:27 inquiétante. Les grandes tragédies ne naissent pas toujours de grandes causes. Parfois, elle commence par une contrariété, un bruit, [musique] une odeur, une plainte, un conflit entre voisins que l'on laisse pourrir jusqu'à ne plus voir l'autre comme un être
23:44 humain. Évidemment, des milliers de personnes connaissent des différents sans jamais devenir violentes. Le conflit n'explique pas le crime, il ne le justifie pas. La [grognement] responsabilité appartient entièrement à ceux qui ont choisi de transformer leur
23:59 rancune en projet meurtrier. Mais cette histoire doit nous interroger. À quel moment cesse-on de parler ? À quel moment la colère devient-elle une obsession ? À quel moment un voisin que l'on croise chaque jour devient-il dans l'esprit de certains un obstacle qu'il faut
24:18 supprimer ? Ibrahim àsitou avait consacré sa carrière au droit et à la justice. Il avait choisi un métier fondé sur l'idée que les conflits doivent se régler avec des mots, des règles et des tribunaux. Ces assassins ont choisi exactement l'inverse. Ils ont choisi la
24:37 force, la vengeance et la destruction. Quant à Maria Benani, elle ne doit pas rester dans les mémoires comme l'épouse de l'avocat. Elle était une victime à part entière. Elle aussi avait une existence, des proches, des souvenirs, des rêves. Elle
24:56 a été tuée non pas pour ce qu'elle avait fait, mais parce qu'elle se trouvait au côté de l'homme avec lequel elle partageait sa vie. Ce soir, derrière l'horreur de cette affaire, souvenons-nous donc de deux personnes. Ibrahim, Maria, un couple
25:13 rentré chez lui un soir de février, un couple qui avait le droit de se sentir en sécurité dans sa propre maison. Un couple que ses assassins ont tenté d'effacer, mais dont les noms 20t ans plus tard sont encore [musique] prononcés parce que tant que nous
25:28 racontons leur histoire, les meurtriers n'ont pas réussi. à les faire oublier. Vous venez d'écouter l'ombre d'elgalie, là où les victimes retrouvent une voix et où l'oubli n'a jamais le dernier mot. All